L’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Sid’Ahmed Ould Bouh, est revenu sur le débat suscité ces derniers jours par une série de publications du Premier ministre Mokhtar Ould Diay consacrées à la situation économique du pays. Dans une longue contribution publiée sur les réseaux sociaux, il livre une analyse critique des orientations économiques actuelles et met en garde contre les conséquences de certaines décisions gouvernementales.
Estimant que l’économie, bien qu’étant une science sociale, repose sur des outils d’analyse rigoureux permettant d’évaluer les effets des politiques publiques, l’ancien ministre pose une question centrale : quelle est la stratégie la plus efficace pour faire face à la crise actuelle des carburants et à ses répercussions sur le pouvoir d’achat des ménages ?
Selon lui, les autorités auraient pu privilégier une révision de certaines dépenses budgétaires, réduire certaines taxes appliquées aux produits pétroliers et agir sur les marges intégrées dans la structure des prix afin d’atténuer les effets de la hausse des carburants. Une telle orientation aurait, à ses yeux, permis de contenir l’inflation et de préserver les acquis enregistrés ces dernières années en matière de protection sociale.
À l’inverse, il considère que les mesures retenues risquent d’alimenter davantage les tensions inflationnistes. Il rappelle que les statistiques d’avril 2026 font état d’une accélération de l’inflation et estime que la tendance actuelle pourrait se traduire par une hausse plus marquée des prix d’ici la fin de l’année.
Sid’Ahmed Ould Bouh pointe également ce qu’il qualifie de manque de coordination entre les différents instruments de la politique économique. Il relève notamment que la Banque centrale a récemment relevé son taux directeur afin de contenir les pressions inflationnistes, tandis que le gouvernement a procédé à une augmentation des prix des carburants et engagé de nouvelles dépenses publiques. Une situation qui, selon lui, pourrait accentuer les tensions sur les réserves en devises, fragiliser davantage l’ouguiya et réduire encore le pouvoir d’achat des citoyens.
Abordant la question des capacités nationales de stockage des produits pétroliers, l’ancien ministre estime que les retards accumulés dans ce domaine traduisent un manque d’anticipation et de vision stratégique.
Il revient également sur la question des projets financés sur ressources propres de l’État. Selon lui, la reconstruction de la Route de l’Espoir entre Nouakchott et Néma constitue l’un des plus importants investissements financés directement par le budget national au cours des dernières années. Il considère que ce projet a eu un impact majeur sur la mobilité des personnes et le transport des marchandises à l’échelle nationale.
L’ancien ministre s’interroge par ailleurs sur la pertinence de certains programmes d’investissement annoncés récemment, notamment dans un contexte marqué par les tensions sur le pouvoir d’achat. Selon lui, les priorités devraient porter avant tout sur la lutte contre l’inflation, la protection des ménages vulnérables et le soutien aux secteurs productifs.
Il estime que les aides financières prévues risquent d’être rapidement absorbées par la hausse des prix, limitant ainsi leur effet réel sur les conditions de vie des bénéficiaires. À ses yeux, la maîtrise de l’inflation demeure une condition essentielle pour préserver la croissance économique et garantir l’efficacité des politiques sociales.
Dans la dernière partie de son analyse, Sid’Ahmed Ould Bouh remet en question l’utilisation du concept de « souveraineté financière », qu’il juge absent des références classiques de la science économique contemporaine. Il soutient qu’aucune économie moderne ne peut aujourd’hui prétendre à une autonomie financière complète dans un système mondial fondé sur l’interdépendance des marchés et des capitaux.
En conclusion, l’ancien ministre appelle à davantage de cohérence dans la conduite des politiques économiques. Il plaide pour une stratégie axée sur la valorisation des atouts économiques du pays, le renforcement du secteur privé, l’investissement dans le capital humain et les infrastructures productives, ainsi qu’une meilleure répartition des richesses afin de favoriser une croissance durable et équilibrée.




