Dans une tribune consacrée à la gestion des établissements et entreprises publics, Moulaye Gaouad appelle à une profonde rationalisation du secteur. Selon lui, la multiplication des structures publiques, des centres de décision et des fonctions administratives entraîne une dispersion des moyens et augmente les risques de gaspillage de l’argent public. Il plaide pour davantage de mutualisation, de regroupements et de clarification des responsabilités.
La réforme véritable ne peut se limiter à une succession de décisions ponctuelles. Elle doit, selon Moulaye Gaouad, s’attaquer au mode même de gestion de l’État et rompre avec certaines pratiques et méthodes accumulées au fil des années, qui ont contribué à produire la situation que le pays connaît aujourd’hui.
Parmi les dossiers qui méritent, à ses yeux, un traitement différent figure la carte des établissements et entreprises publics. Selon le dernier document stratégique du ministère des Finances, leur nombre dépasse désormais 180, pour près de 34 000 employés, contre 174 établissements officiellement recensés en 2022.
Cette évolution appelle, estime-t-il, une révision d’ensemble portant sur le nombre de structures, leurs missions, la pertinence de leur autonomie, leurs ressources, leur coût de fonctionnement et les éventuels chevauchements de compétences.
Pour l’ancien membre de l’IGE, il n’est pas rationnel que chaque nouveau besoin de l’État conduise systématiquement à la création d’une nouvelle institution avec son directeur général, ses adjoints, ses directeurs, son conseil d’administration, son budget, ses véhicules, ses locaux, ses commissions et ses marchés.
Dans de nombreux cas, certaines missions pourraient être regroupées au sein d’une institution nationale plus solide, tandis que d’autres structures pourraient être transformées en antennes régionales ou en unités opérationnelles, sans nécessairement conserver une personnalité morale autonome.
Des écoles de formation aux travaux publics
Moulaye Gaouad cite notamment le réseau des écoles de formation des enseignants. Leur implantation régionale répond à un besoin réel, mais il s’interroge sur la nécessité de maintenir pour chacune une personnalité juridique, une direction, un conseil d’administration et un budget propres.
Il propose plutôt d’envisager une institution nationale de formation des enseignants, organisée autour de plusieurs antennes régionales. Une logique similaire pourrait, avec les adaptations nécessaires, concerner certaines écoles de formation sanitaire ainsi que des structures de recherche agricole et pastorale.
Dans le secteur des routes et des travaux publics, la multiplication des intervenants constitue également, selon lui, un sujet de réflexion. Il cite notamment ETER, ETR-ML, ATTM, ainsi que l’ANESP et le Laboratoire national des travaux publics (LNTP).
Sans préconiser nécessairement une fusion générale, il estime qu’un rapprochement entre ETER, ETR-ML et ATTM, ou à tout le moins une mutualisation d’une partie de leurs moyens et services administratifs, pourrait être étudié.
Vers une mutualisation dans le secteur portuaire ?
Le secteur portuaire offre également des possibilités de rationalisation. La Mauritanie dispose notamment du Port autonome de Nouakchott, du Port autonome de Nouadhibou, du port de Tanit, du port de N’Diago et de l’établissement du port de la Baie du Repos.
La diversité des activités et des implantations ne justifie pas forcément une fusion complète de ces entités. Mais l’expert-comptable propose d’étudier la création d’un groupe national des ports, capable de mutualiser certaines fonctions : planification des investissements, achats stratégiques, assurances, systèmes d’information, expertise juridique, maintenance ou encore négociation avec les grands fournisseurs.
Chaque port pourrait ainsi conserver son autonomie opérationnelle tout en bénéficiant de services communs.
L’eau : un autre secteur à revoir
Le secteur de l’eau constitue, selon lui, un autre exemple. La SNDE intervient dans l’eau urbaine, l’ONSER dans l’hydraulique rurale, la SNFP dans les forages et les puits, tandis que le CNRE intervient dans la gestion des ressources en eau.
La question est alors de savoir si la séparation institutionnelle entre eau urbaine et eau rurale demeure nécessaire ou si une organisation plus intégrée serait aujourd’hui plus efficace.
Moulaye Gaouad envisage ainsi une institution nationale de l’eau, structurée autour de pôles urbain et rural et de représentations régionales. La structure spécialisée dans les forages pourrait, dans ce schéma, devenir un bras technique et opérationnel de cet ensemble.
Mutualiser sans centraliser les hôpitaux
Le secteur hospitalier nécessite toutefois une approche différente. Il ne s’agit pas, estime-t-il, de transformer tous les hôpitaux en une institution unique. La responsabilité médicale et opérationnelle doit rester clairement identifiée et proche du patient.
En revanche, certaines fonctions pourraient être mutualisées : achats de médicaments, équipements et consommables, maintenance des équipements médicaux, systèmes d’information, assurances et certaines fonctions administratives.
L’objectif serait d’éviter que chaque établissement ne recrée séparément les mêmes services et ne supporte seul les coûts de fonctions qui pourraient être partagées.
Le véritable enjeu : réduire les centres de décision
Pour Moulaye Gaouad, l’enjeu dépasse largement la question des salaires des directeurs généraux. Il concerne surtout le nombre de centres de décision, de dépenses et de contractualisation.
Plus les institutions se multiplient sans justification objective, plus augmentent les administrations, conseils d’administration, véhicules, locaux, achats et contrats. Cette fragmentation peut également, selon lui, favoriser les pratiques de clientélisme, de favoritisme et de distribution des postes et avantages.
La création d’un établissement public devrait donc répondre à un besoin clairement établi, avec des missions précises, des objectifs mesurables et une réelle valeur ajoutée.
La performance d’un État moderne ne se mesure ni au nombre d’institutions qu’il crée ni au nombre de postes qu’il distribue. Elle se mesure à sa capacité à produire le maximum d’impact avec le minimum de ressources, une responsabilité clairement définie, un contrôle efficace et le moins possible de gaspillage et de chevauchements.
La rationalisation du secteur public ne signifie pas nécessairement supprimer des structures. Elle suppose surtout de déterminer, secteur par secteur, ce qui doit être maintenu, regroupé, mutualisé ou transformé, afin que l’argent public soit consacré en priorité à l’efficacité de l’action publique et aux besoins des citoyens




