Je m’excuse de le dire aussi crûment, mais cette situation devient franchement gênante. Jusqu’à quand allons-nous continuer à entretenir ce folklore répétitif qui finit par tourner au ridicule, cette foire aux dupes où chacun sait parfaitement que l’autre joue une partition convenue ?
On ne progressera jamais de cette manière. Les déplacements du Président devraient précisément être l’occasion, pour lui, de voir le pays tel qu’il est, d’aller à la rencontre de ceux qui vivent réellement dans les localités visitées, d’écouter leurs préoccupations et de constater directement leurs conditions de vie. D’ailleurs, est-il vraiment nécessaire d’aller les voir pour mesurer l’ampleur de la précarité dans laquelle vivent encore tant de nos concitoyens ?
Il faudrait donc en finir avec ces cortèges de circonstance, composés de personnes venues d’ailleurs pour occuper le devant de la scène et reproduire, d’une étape à l’autre, les mêmes scènes éculées. Le Président devrait refuser de recevoir ou d’être reçu par ceux qui ne résident pas effectivement dans les villes et localités concernées.
Car, au fond, tout cela prend parfois des allures de « Je t’aime, moi non plus… pendant que tu es là » : démonstrations d’enthousiasme, fidélités proclamées et effusions de circonstance, dont chacun sait qu’elles sont souvent aussi éphémères que la visite elle-même.
À leur décharge, toutefois, mes amis, mes frères, mes concitoyens sont eux-mêmes embarqués dans une machine politico-sociale parfaitement huilée, faite de réflexes, de pressions, d’intérêts et d’habitudes si profondément enracinés qu’elle finit par écraser presque toute volonté de résistance. Chacun se retrouve ainsi entraîné dans un jeu dont il connaît pourtant parfaitement les artifices.
Une visite présidentielle n’a de sens que si elle permet de regarder la réalité en face, sans mise en scène, sans figurants et sans intermédiaires de circonstance. C’est à cette condition qu’elle peut redevenir un véritable exercice d’écoute, de proximité et de connaissance du terrain. À supposer que c’est nécessaire.
Quant à moi, je m’excuse, mais je ne peux pas jouer ce jeu dont les règles ne me conviennent pas et dans lequel, au bout du compte, les populations et le pays restent toujours les grands perdants.
Dahane Taleb Ethmane

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