Dans les chiffres, tout semble tenir debout. Sur le papier, la Mauritanie affiche des taux de scolarisation élevés et des réformes ambitieuses. Dans les discours officiels, l’« école républicaine » est devenue une formule récurrente, presque un symbole de réussite nationale.

Mais dans les faits, quelque chose ne colle pas.
Le dernier rapport de l’UNICEF sur l’enfance en Mauritanie vient rappeler une réalité beaucoup plus dure, presque silencieuse : une grande partie des enfants de 10 ans ne parvient pas à lire et comprendre un texte simple. Derrière cette donnée, il n’y a pas seulement une statistique. Il y a des années d’école, des cahiers remplis, des classes fréquentées… et pourtant des apprentissages qui n’ont pas abouti.

Officiellement, près de 96,9 % des enfants sont scolarisés au primaire. Mais seuls 64,3 % le sont réellement de manière régulière et effective. Entre les deux, il y a des enfants qu’on inscrit mais qui décrochent, des enfants présents mais peu accompagnés, et d’autres qui passent à travers le système sans en tirer les bases essentielles.

Et surtout, il y a cette question qui dérange : que vaut une école si elle n’apprend pas à lire ?

Sur le terrain, le contraste est frappant. Des parents racontent des enfants qui passent des années à l’école sans pouvoir lire une phrase simple. Des enseignants, souvent débordés et insuffisamment formés, font ce qu’ils peuvent avec peu de moyens. Et pendant ce temps, le discours officiel continue de célébrer « l’école républicaine » comme une réussite acquise.

C’est peut-être là que se trouve le décalage le plus profond. Car une école ne vit pas dans les communiqués, ni dans les inaugurations, ni dans les slogans. Elle vit dans les cahiers des enfants, dans leur capacité à comprendre, à écrire, à progresser.

Quand ces apprentissages de base ne sont pas au rendez-vous, le mot « réussite » devient difficile à soutenir.

L’UNICEF ne fait ici que mettre des chiffres sur ce que beaucoup constatent déjà au quotidien. Et ces chiffres posent une question simple, mais lourde : parle-t-on encore d’une école qui éduque, ou seulement d’un système qui scolarise ?

Au fond, le vrai malaise est peut-être là. Entre l’image d’une école républicaine souvent mise en avant et la réalité vécue dans les salles de classe, l’écart est devenu trop grand pour être ignoré.
Et ce nos les enfants, silencieusement, qui en paient le prix.
Yedaly Fall

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