En accordant une grâce présidentielle aux députés Mariem Cheikh et Ghamou Achour, le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani a adressé un message d’apaisement. Une décision qui a été saluée par de nombreux Mauritaniens.
Mais cette mesure soulève une interrogation politique difficile à éluder : pourquoi cette clémence ne s’est-elle pas étendue à l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz ?
Les deux hommes ont partagé près de quarante années de vie militaire, de combats et de responsabilités. Ils ont traversé ensemble les moments les plus décisifs de l’histoire récente du pays. Et nul ne conteste que Mohamed Ould Abdel Aziz a joué un rôle déterminant dans l’accession de Mohamed Ould Cheikh Ghazouani à la présidence de la République en 2019.
Aujourd’hui, leurs destins ont radicalement divergé. L’un exerce le pouvoir ; l’autre est en prison, affaibli par l’âge et la maladie. Quels que soient les reproches qui peuvent être adressés à l’ancien président et quelles que soient les décisions de justice qui le concernent, une question demeure : la dimension humaine ne mérite-t-elle pas, elle aussi, d’être prise en considération ?
La grâce présidentielle est, par essence, un acte de souveraineté et de compassion. Elle ne remet pas nécessairement en cause les décisions des tribunaux ; elle traduit parfois la volonté de tourner une page ou de faire prévaloir l’humanité dans des circonstances particulières.
En graciant deux députées, le chef de l’État a montré que la clémence pouvait trouver sa place dans l’exercice du pouvoir. Beaucoup s’interrogent désormais sur les raisons pour lesquelles cette même clémence ne s’appliquerait pas à celui qui fut pendant quatre décennies son compagnon d’armes, son allié politique et l’homme qui l’a porté jusqu’au sommet de l’État.
L’histoire retiendra les décisions de justice. Mais elle retiendra aussi les gestes de grandeur, ceux qui dépassent les rivalités politiques et les ruptures personnelles pour laisser une empreinte durable dans la mémoire d’une nation.
Yedaly Fall
