Le débat suscité par la condamnation des députées Mariem Cheikh Samba Dieng et Ghamou Achour Salem a donné lieu à un échange public entre Mohamed Baba Saïd et Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, deux hommes qui ont partagé, par le passé, de longues années de lutte politique contre l’autoritarisme et pour les libertés. Aujourd’hui, les anciens compagnons de combat défendent des positions diamétralement opposées sur cette affaire.
Dans une tribune au ton offensif, Mohamed Baba Saïd dénonce une décision judiciaire qu’il assimile à un retour du délit de lèse-majesté. Selon lui, la condamnation des deux parlementaires, notamment la peine de cinq ans de privation de leurs droits civils et politiques, constitue une atteinte grave aux libertés publiques. Il affirme qu’en République, aucun responsable, y compris le président de la République, ne doit être soustrait à la critique. En signe de solidarité avec les deux députées, il reprend volontairement l’expression qui leur est reprochée et invite les défenseurs de la démocratie à faire de même.
Cette position est fermement contestée par Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, qui rappelle le long parcours militant qu’il a partagé avec Mohamed Baba Saïd avant d’exprimer son désaccord. Selon lui, la liberté d’expression ne peut en aucun cas être confondue avec l’injure publique.
Pour Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani, la critique politique est pleinement légitime lorsqu’elle vise les politiques publiques ou l’action du gouvernement. En revanche, les insultes, les outrages et les propos dégradants relèvent d’infractions prévues par la loi et ne sauraient être assimilés à de simples opinions politiques.
Il soutient également que les poursuites engagées contre les deux députées reposent sur les lois en vigueur de la République, notamment celles protégeant les symboles de l’État, et non sur une quelconque volonté de sacraliser le chef de l’État. À ses yeux, le passé militant des deux parlementaires ne leur confère aucune immunité juridique les autorisant à tenir des propos injurieux.
Cet échange entre deux figures ayant longtemps marché côte à côte illustre un profond désaccord sur les frontières entre liberté d’expression et responsabilité pénale. Là où Mohamed Baba Saïd voit une dérive liberticide, Mohamed Abbé Ould Sidi Ould Jeilani estime que le respect de l’État de droit impose de distinguer la critique politique, protégée, de l’injure, réprimée par la loi.




