L’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a adressé une nouvelle lettre au président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, dans laquelle il revient longuement sur sa situation judiciaire, ses conditions de détention et la dégradation de son état de santé.

Dans cette correspondance, enregistrée par son équipe de défense au courrier de la présidence, l’ancien chef de l’État met directement en cause la responsabilité du président Ghazouani dans ce qu’il considère comme les mesures prises à son encontre.

Selon Ould Abdel Aziz, les différentes procédures engagées contre lui impliquent certes plusieurs acteurs, notamment des personnes qu’il accuse d’être animées par des rancœurs personnelles, ainsi que des institutions parlementaires et judiciaires. Il estime toutefois que la responsabilité du chef de l’État demeure engagée, « d’une manière ou d’une autre », dans la conduite de ce processus.

Le refus de soins au centre de la controverse

L’ancien président accorde une place particulière à la question de son accès aux soins. Il affirme que le refus ou le retard dans la prise en charge médicale constitue, parmi les mesures qu’il dénonce, un élément dont la responsabilité ne pourrait, selon lui, être diluée entre plusieurs intervenants.

Il estime notamment qu’une autorisation médicale accordée tardivement, y compris pour des soins à l’étranger, ne ferait pas disparaître la responsabilité liée au refus ou aux obstacles auxquels il affirme avoir été confronté auparavant.

Ould Abdel Aziz indique avoir joint à sa lettre l’ensemble de son dossier médical et invite le président Ghazouani à en prendre connaissance et à apprécier la situation.

Le ministère de la Justice directement mis en cause

Dans sa correspondance, l’ancien chef de l’État accuse également le ministère de la Justice d’être intervenu dans son dossier médical afin de faire obstacle, affirme-t-il, à son accès aux soins appropriés.

Il présente cette situation comme le résultat d’une démarche coordonnée visant à le fragiliser, voire à le « briser », estimant que les autorités actuelles refusent désormais toute possibilité de coexistence avec lui.

L’ancien président établit par ailleurs une comparaison avec le traitement réservé, selon lui, à certains détenus condamnés pour des faits liés au trafic de drogue ou au terrorisme. Il affirme que ceux-ci peuvent, dans certains cas, bénéficier de mesures judiciaires leur permettant d’accéder aux soins sans être confrontés aux mêmes obstacles.

Il évoque également les dossiers relatifs aux détournements et à la mauvaise gestion des deniers publics. S’appuyant sur les rapports successifs d’institutions constitutionnelles et d’organismes officiels faisant état d’importantes irrégularités financières, il déplore que ces affaires n’aient, selon lui, pas donné lieu aux mêmes conséquences judiciaires.

Une condamnation de quinze ans toujours contestée

Mohamed Ould Abdel Aziz affirme que sa lettre ne constitue ni une demande de grâce ni une manifestation de désespoir face à ce qu’il considère comme une injustice.

Il revient sur sa condamnation à quinze ans de prison dans le dossier de l’enrichissement illicite. L’ancien président conteste notamment le fondement juridique de cette condamnation et remet en cause l’interprétation donnée à l’origine de certains biens retenus dans le dossier.

Il dénonce également la privation de ses droits civiques ainsi que la confiscation de biens. Selon lui, la formulation des décisions judiciaires aurait permis d’étendre la confiscation au-delà des biens directement concernés par les faits qui lui sont reprochés.

Il affirme ainsi que des biens appartenant à son père, à certains membres de sa famille et même à des personnes ayant avec lui des liens plus éloignés auraient été concernés.

Un dossier judiciaire qu’il estime entaché d’irrégularités

L’ancien président consacre également une partie importante de sa lettre à la procédure judiciaire. Il affirme que son dossier a été marqué par des violations à plusieurs étapes de son traitement.

Il revient parallèlement sur son dossier médical et accuse des commissions constituées par le ministère de la Santé d’avoir, selon lui, manipulé la procédure afin de l’empêcher d’obtenir une prise en charge médicale à l’étranger, malgré ce qu’il présente comme la nécessité de tels soins.

Des troubles respiratoires devenus chroniques

Ould Abdel Aziz décrit également une aggravation de son état de santé. Il fait état de troubles respiratoires qu’il affirme être devenus chroniques et qui provoqueraient régulièrement des épisodes de grande difficulté à respirer, perturbant son sommeil et l’empêchant parfois de rester durablement dans une même position.

Ces problèmes respiratoires viendraient s’ajouter, selon lui, à d’autres pathologies, notamment des troubles cardiovasculaires dont il souffre depuis plusieurs années.

L’ancien président revient notamment sur la crise cardiaque dont il affirme avoir été victime alors qu’il était détenu à l’École de police. Il estime que la gravité de cet épisode, conjuguée aux conditions de détention et aux moyens médicaux disponibles à l’époque, aurait pu avoir une issue fatale.

La détention présentée comme facteur aggravant

Dans sa lettre, Mohamed Ould Abdel Aziz établit enfin un lien entre ses conditions de détention et l’évolution de son état de santé. Il soutient que l’environnement carcéral aurait contribué, directement ou indirectement, à l’aggravation de ses différentes pathologies.

Cette nouvelle correspondance place ainsi au premier plan trois dimensions de son dossier : sa santé, ses conditions de détention et la procédure judiciaire. En transmettant au président Ghazouani l’intégralité de son dossier médical, l’ancien chef de l’État lui demande, en substance, d’apprécier lui-même les éléments qu’il avance et les responsabilités qu’il met en cause.

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