À l’occasion des déplacements du président de la République à l’intérieur du pays, Biram Dah Abeid met en garde contre une lecture trompeuse des mobilisations officielles. Pour le leader de l’IRA, les cortèges, les applaudissements et les foules rassemblées sur le passage du chef de l’État ne sauraient être assimilés à une adhésion populaire à sa politique.

Le message de Biram Dah Abeid se veut direct, presque comme une mise en garde adressée au sommet de l’État : ne pas confondre accueil officiel et popularité réelle.

À ses yeux, les mobilisations qui accompagnent les visites présidentielles en Mauritanie relèvent d’une tradition ancienne. Administrations locales, notables, cadres et populations sont mobilisés pour accueillir le chef de l’État, indépendamment de la personne qui occupe le fauteuil présidentiel.

Pour Biram Dah Abeid, cette réalité devrait inciter le président à la prudence. L’accueil réservé à l’institution présidentielle ne constitue pas nécessairement une adhésion à la politique de celui qui l’incarne.

Derrière les applaudissements, une autre Mauritanie

Le président de l’IRA invite ainsi le chef de l’État à sortir du cadre des cérémonies officielles et à écouter les citoyens lorsqu’ils ne sont plus placés face aux tribunes, aux caméras et aux dispositifs de mobilisation.

C’est, selon lui, loin des mises en scène protocolaires que le président pourrait entendre les préoccupations quotidiennes des Mauritaniens : manque d’eau et d’électricité, chômage, pauvreté, hausse du coût de la vie, déficit d’infrastructures, faiblesse des services de santé et d’éducation.

Biram Dah Abeid évoque également ce qu’il présente comme un mécontentement profond à l’égard du gouvernement, ainsi que les accusations de corruption, les marchés publics controversés et l’influence croissante de certains proches du pouvoir sur les ressources du pays.

Il ajoute à cette liste les discriminations qu’il dénonce comme étant de nature raciale, régionale et tribale, ainsi que ce qu’il considère comme les carences du système judiciaire.

Pour lui, c’est cette Mauritanie-là que le président devrait entendre.

La vraie popularité, selon Biram

Dans son raisonnement, Biram Dah Abeid établit une distinction nette entre la mobilisation administrative et la popularité politique.

Une foule réunie lors d’une visite présidentielle ne constituerait donc pas, à ses yeux, une mesure fiable de l’adhésion populaire. La véritable popularité se mesurerait plutôt à la confiance spontanément accordée à un responsable politique et à l’adhésion des citoyens à son action et à sa vision de l’avenir.

Il pousse son raisonnement jusqu’à l’épreuve du pouvoir : la popularité d’un homme politique se vérifie, selon lui, davantage lorsqu’il n’est plus au pouvoir, lorsque les citoyens se déplacent de leur propre initiative, sans intervention de l’administration, sans transports organisés, sans rémunération et sans intérêt matériel immédiat.

« Une pièce de théâtre parfaitement mise en scène »

La formule la plus sévère du message intervient lorsque Biram Dah Abeid décrit les tournées présidentielles comme « une pièce de théâtre parfaitement mise en scène », dans laquelle chacun jouerait un rôle préparé à l’avance.

Il estime qu’à côté de cette réalité officielle existe une autre Mauritanie, celle des frustrations et des difficultés quotidiennes, que certains pourraient chercher à soustraire au regard du président.

D’où son avertissement final : ne pas laisser les applaudissements couvrir la voix d’un pays qui ne trouve pas toujours l’occasion de parler directement au pouvoir.

Un message qui, au-delà de la critique politique, pose une question centrale : comment mesurer réellement l’adhésion populaire lorsque la mobilisation autour du pouvoir est organisée par ceux qui en dépendent ?

Biram Dah Abeid termine son propos par une formule solennelle : « Ai-je transmis le message ? Ô Allah, sois-en témoin. »

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