Une recherche menée par le doctorant Mohamed Abdaoua apporte un nouvel éclairage sur les virus des hépatites B et Delta circulant en Mauritanie. Selon les résultats rapportés par Alakhbar, elle souligne notamment l’association entre une infection active par le virus Delta et des atteintes du foie plus sévères chez les patients étudiés.
Publiés dans la revue Scientific Reports, du groupe Nature Portfolio, ces travaux comprennent, pour la première fois, un séquençage complet du génome du virus de l’hépatite B à partir d’échantillons mauritaniens. Ils permettent de mieux caractériser sa diversité génétique et les différentes souches présentes dans le pays.
L’étude a été réalisée sous la supervision conjointe du professeur Mohamed Vall El Mammy, de l’Université de Nouakchott, de la professeure Françoise Lunel-Fabiani, de l’Université d’Angers, et de la docteure Isabelle Chemin, de l’Institut de recherche sur les maladies du foie de Lyon.
Dans les échantillons analysés, le génotype D du virus de l’hépatite B est majoritaire, avec une proportion de 55,4 %, devant les génotypes E, à 32,3 %, et A, à 12,3 %. Les chercheurs ont également identifié une forme recombinante entre les génotypes D et E dans 16,9 % des échantillons ayant fait l’objet d’un séquençage partiel ou complet. Sa proximité génétique avec une forme décrite au Niger souligne les liens entre les souches circulant en Afrique de l’Ouest.
Les analyses font ressortir une relative stabilité génétique des souches étudiées, malgré la présence de mutations rares. Certaines pourraient être associées à une résistance aux traitements ou à un échappement à la réponse immunitaire. Selon les résultats rapportés, les mutations connues pour conférer une résistance aux médicaments actuels restent toutefois peu fréquentes dans les échantillons examinés.
L’un des principaux constats concerne le virus de l’hépatite Delta, qui dépend du virus de l’hépatite B pour infecter les cellules du foie. Des anticorps dirigés contre le virus Delta ont été retrouvés chez 60,7 % des patients testés, tandis qu’une infection active a été détectée chez 26 % d’entre eux. Ces proportions concernent les patients examinés dans le cadre de l’étude.
Les patients présentant une infection active par le virus Delta avaient davantage de symptômes, des marqueurs de lésions hépatiques plus élevés et une fréquence plus importante de cirrhose et de cancer du foie que ceux porteurs du seul virus de l’hépatite B. Le séquençage a également montré une prédominance du génotype HDV-1 du virus Delta.
Face à ces résultats, l’étude recommande un dépistage systématique de l’hépatite Delta chez les personnes porteuses du virus B, un accès plus rapide aux traitements antiviraux et un renforcement de la vaccination contre l’hépatite B, notamment dès la naissance.
Elle rappelle, à partir des estimations de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Unicef, que la couverture par la dose de vaccin administrée à la naissance en Mauritanie n’atteignait que 42 % en 2023.
Au-delà de ces constats, les travaux constituent une base de données moléculaires et génomiques susceptible de soutenir les recherches futures et d’améliorer les stratégies nationales de diagnostic, de surveillance et de prévention des complications des hépatites virales.
Cette recherche s’inscrit dans une thèse de doctorat issue d’une collaboration entre l’Université de Nouakchott, l’Institut national de recherche en santé publique spécialisé dans les hépatites à Nouakchott et l’Institut de recherche sur les maladies du foie de Lyon. Une partie des résultats avait déjà été présentée lors d’un congrès international organisé en Suisse en mai dernier, selon Alakhbar.


