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Frontière nord : la Mauritanie après la MINURSO

Frontière nord : la Mauritanie après la MINURSO

La décision du Conseil de sécurité de ne pas reconduire le mandat de la Mission des Nations

unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), actée le 30

octobre 2026, marque un tournant dans l’histoire du différend sahraoui. Au-delà de la portée

symbolique d’un tel échec diplomatique, c’est un dispositif opérationnel de surveillance, de

vérification et de prévention des incidents qui s’efface progressivement du terrain. Pour la

Mauritanie, cette évolution ne relève pas de l’anecdote : elle touche directement à ses équilibres

frontaliers, à sa sécurité nationale et à sa capacité à préserver une neutralité positive devenue,

au fil des ans, sa marque de fabrique diplomatique.

La disparition de la MINURSO ne signifie pas la fin du conflit, mais bien celle d’un mécanisme

international qui, bien qu’imparfait, contribuait à documenter les violations, à vérifier les

incidents et à contenir les escalades. Depuis la reprise des hostilités entre le Maroc et le Front

Polisario en novembre 2020, ce rôle de vigie était plus essentiel que jamais. Or, la non-

reconduction du mandat intervient dans un contexte où les dynamiques diplomatique et

sécuritaire évoluent en parallèle : à la recherche d’un compromis politique sous l’égide de

l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies répond une dynamique militaire

marquée par le risque d’incidents, de réactions disproportionnées et d’une érosion de la

confiance entre les parties.

Pour Nouakchott, l’équation est claire : il s’agit d’éviter que le vide de surveillance

internationale ne se transforme en vide sécuritaire régional. Les zones septentrionales du pays,

déjà soumises à une vigilance constante en raison de leur immensité désertique et de leur

porosité, pourraient devenir le théâtre de débordements, d’incursions accidentelles, de tirs ou

de mouvements de combattants difficilement maîtrisables. Le risque le plus immédiat n’est pas

tant l’invasion que la contamination : celle d’un espace frontalier où se croisent trafics d’armes,

réseaux criminels transfrontaliers et groupes armés non étatiques en quête d’opportunités.

Il convient toutefois de ne pas céder à la facilité d’un lien automatique entre conflit sahraoui et

terrorisme. La réalité est plus nuancée, mais aussi plus insidieuse. Le danger réside dans la

possibilité que des espaces insuffisamment contrôlés soient exploités par des réseaux déjà

présents dans l’environnement sahélo-saharien. La circulation d’armes, les connexions entre

réseaux de contrebande, les mouvements de personnes armées non identifiées et les difficultés

de surveillance dans les zones désertiques constituent autant de facteurs de vigilance. À cela

s’ajoutent les risques migratoires et humanitaires : une reprise plus intense des hostilités

pourrait entraîner des déplacements de populations vers les zones considérées comme plus

sûres, confrontant la Mauritanie à des besoins supplémentaires en matière d’accueil,

d’enregistrement, de protection et d’assistance.

La matrice des risques, établie à titre prospectif, le confirme : si la probabilité d’un débordement

d’incidents armés vers le territoire mauritanien demeure faible à moyenne, son impact potentiel

est très élevé. Les risques liés à la circulation d’armes et de groupes armés, ainsi qu’au

développement des trafics transfrontaliers, présentent à la fois une probabilité moyenne à

élevée et un impact élevé, justifiant un niveau de vigilance très élevé. La dégradation desrelations entre Rabat et Alger, enfin, ajoute une couche de complexité diplomatique à une

équation déjà délicate.

L’analyse prospective permet de dessiner quatre trajectoires possibles. La première, celle d’une

stabilisation diplomatique et sécuritaire relative, verrait les parties poursuivre les négociations

malgré la fin de la MINURSO, avec un maintien relatif de la stabilité frontalière et une faible

pression supplémentaire sur les dispositifs sécuritaires. La deuxième, plus probable,

correspondrait au maintien d’un conflit de basse intensité, avec des affrontements intermittents

et une incertitude accrue dans les zones septentrionales. La troisième, celle d’une escalade

militaire et d’une déstabilisation régionale, ferait peser un risque d’incidents à proximité ou à

l’intérieur du territoire mauritanien, avec une pression accrue sur les services de sécurité et de

protection civile. La quatrième, enfin, verrait la crise saharienne se combiner à une

détérioration plus large des relations maroco-algériennes et aux fragilités sécuritaires de

l’espace sahélo-saharien, complexifiant la coopération régionale et perturbant les circuits

commerciaux.

Quel que soit le scénario retenu, une même exigence s’impose : l’anticipation. La neutralité

positive, pilier de la diplomatie mauritanienne, ne doit pas être confondue avec l’attentisme.

Elle peut et doit s’accompagner d’une diplomatie active, d’une coopération sécuritaire adaptée,

d’une préparation humanitaire et d’une meilleure coordination des systèmes d’alerte.

Sur le plan diplomatique, la Mauritanie a intérêt à réaffirmer sa neutralité positive, à maintenir

des canaux de dialogue avec Rabat, Alger et le Front Polisario, et à soutenir la poursuite du

processus politique onusien. Elle pourrait également encourager la mise en place d’un

mécanisme international de suivi et de vérification des incidents, ainsi que des arrangements

de prévention aux abords des frontières, sans se substituer aux Nations unies ni se présenter

comme partie prenante du différend.

Sur le plan sécuritaire, l’adaptation de la surveillance frontalière à l’évolution de la menace, le

renforcement de la coordination entre les services de sécurité, de renseignement, de douane et

de contrôle territorial, ainsi que l’amélioration de l’échange d’informations avec les pays voisins

constituent des priorités opérationnelles. La protection des infrastructures et des axes de

circulation essentiels doit être maintenue, dans le respect du droit national et des engagements

internationaux.

Sur le plan humanitaire, la préparation d’un dispositif de contingence s’impose : évaluation des

capacités d’accueil, mécanismes d’enregistrement et de protection des personnes déplacées,

coordination avec les agences des Nations unies et les organisations humanitaires, capacités

d’approvisionnement en eau, nourriture et médicaments. Une telle préparation permettrait

d’éviter que les autorités locales et les services humanitaires ne soient confrontés à une urgence

sans moyens adaptés.

Enfin, sur le plan de l’alerte précoce, les dispositifs existants — qu’il s’agisse de l’Office national

de la météorologie, des mécanismes de suivi des mouvements de transhumance, des réseaux

communautaires d’alerte ou des services vétérinaires — peuvent contribuer à la détection derisques différents. Leur contribution pourrait être organisée dans un cadre interministériel de

partage et de vérification des informations, sans nécessairement créer une nouvelle structure

administrative.

La fin du mandat de la MINURSO constitue un facteur supplémentaire d’incertitude dans un

conflit qui n’a toujours pas trouvé de règlement politique durable. Pour la Mauritanie, le

principal défi est de ne pas subir les conséquences d’une confrontation régionale tout en

préservant sa position diplomatique traditionnelle. L’objectif stratégique est clair : préserver

simultanément la souveraineté nationale, la stabilité des frontières, les relations équilibrées

avec les pays voisins et les conditions d’une solution politique pacifique garantissant le droit

du peuple sahraoui à l’autodétermination.

La distinction entre la position de Nouakchott sur le statut du Sahara occidental et sa

responsabilité première en matière de sécurité nationale doit rester nette. C’est à ce prix que la

Mauritanie pourra traverser cette nouvelle phase d’incertitude sans sacrifier ni ses intérêts

vitaux, ni son capital diplomatique. La vigilance n’est pas l’hostilité ; l’anticipation n’est pas la

belligérance. C’est peut-être là, dans cet équilibre subtil, que réside la véritable force de la

position mauritanienne.

Seyid Mohamed Beibakar

Colonel à la retraite

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