Il y a 25 ans jour pour jour, le 3 août 2005, un coup d’État militaire mettait brutalement fin à 21 années de règne de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, l’un des régimes les plus longs et les plus controversés de l’histoire moderne de la Mauritanie. À la tête du pays depuis 1984, Ould Taya avait su asseoir un pouvoir autoritaire, centralisé et marqué par une forte répression politique, avant de céder sous la pression d’un contexte national et international devenu intenable.
Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État militaire lui-même, le 12 décembre 1984, le colonel Ould Taya a dirigé la Mauritanie durant plus de deux décennies. D’abord sous un régime strictement militaire, puis à travers des élections largement contestées à partir des années 1990, il s’est efforcé de consolider son autorité dans un environnement régional instable. Son pouvoir a été marqué par une militarisation de l’État, un parti unique (le PRDS) omniprésent, une gestion autoritaire des affaires publiques, et un contrôle étroit des voix discordantes.
Sa politique étrangère, elle aussi fluctuante, a suscité de vives critiques. L’un des tournants les plus controversés reste l’établissement de relations diplomatiques avec Israël en 1999, une décision fortement rejetée par une large partie de la population.
Alors que Taya se trouvait à Riyad pour assister aux funérailles du roi Fahd d’Arabie Saoudite, un groupe d’officiers supérieurs dirigé par Ely Ould Mohamed Vall, ancien chef de la police politique et compagnon de longue date de Taya, s’empare du pouvoir sans effusion de sang. Le Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), formé par les putschistes, annonce la fin du régime et promet une transition démocratique. Ce coup d’État a été largement salué par la population, fatiguée d’un régime figé et répressif. Il est rare, dans l’histoire africaine récente, de voir un putsch accueilli dans une ambiance aussi largement favorable.
Sous la houlette du CMJD, une transition de 19 mois est organisée, avec à la clé une nouvelle Constitution, la mise en place d’institutions pluralistes et l’élection d’un président civil, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en 2007. Mais les espoirs d’un tournant démocratique durable seront de courte durée. Moins de deux ans plus tard, en août 2008, un nouveau coup d’État militaire, dirigé cette fois par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, ramène le pays dans un cycle d’instabilité institutionnelle.
Un quart de siècle après la chute de Taya, son ombre continue de planer sur la vie politique mauritanienne. Certains de ses anciens collaborateurs occupent toujours des postes de pouvoir, et plusieurs pratiques autoritaires semblent avoir résisté aux changements de régime. Le système de gouvernance reste marqué par une forte personnalisation du pouvoir, la faiblesse des institutions de contrôle, et la fragilité de la presse et de la société civile.
Cependant, le 3 août 2005 demeure une date fondatrice, un moment où la Mauritanie a osé tourner une page lourde de son histoire. Il a montré qu’aucun régime, aussi enraciné soit-il, n’est à l’abri de la remise en cause. Aujourd’hui, alors que le pays fait face à de nouveaux défis — économiques, sécuritaires et sociaux — le souvenir de ce coup d’État soulève une question essentielle : la Mauritanie a-t-elle réellement tiré les leçons de son passé pour construire une démocratie solide et durable ?




