Dans une tribune datée du 9 janvier 2026, l’analyste et homme politique mauritanien Ahmed Ould Haroun exprime une vive inquiétude face aux conditions de détention de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, estimant que la gestion de ce dossier dépasse le cadre judiciaire pour poser un problème moral et institutionnel.

Selon l’auteur, ce ne sont pas les condamnations en elles-mêmes qui permettent de juger la solidité d’un État de droit, mais la manière dont celui-ci traite ses adversaires au moment de leur affaiblissement, notamment en situation de maladie ou de détention. Ahmed Ould Haroun rappelle que Mohamed Ould Abdel Aziz est un ancien chef de l’État ayant dirigé le pays plus de dix ans et occupé le plus haut rang militaire, ce qui, selon lui, impose un minimum de retenue et de dignité dans son traitement.

Dans son texte, Ahmed Ould Haroun s’appuie sur des témoignages d’anciens ministres et de proches de l’ex-président pour décrire un isolement quasi total. Il évoque l’impossibilité, pour les amis et anciens collaborateurs, de lui rendre une simple visite de courtoisie, les contacts se limitant à de rares échanges de gestes à distance. Une situation que l’auteur qualifie de sanction psychologique excessive, incompatible avec les valeurs sociales mauritaniennes fondées sur la mesure et l’équilibre.

L’auteur souligne également les préoccupations croissantes liées à l’état de santé de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il rapporte les alertes lancées par les avocats et la famille de l’ancien président, faisant état d’une dégradation nécessitant, selon eux, des soins spécialisés hors du pays. Pour Ahmed Ould Haroun, la gestion du dossier médical constitue aujourd’hui l’enjeu central, bien avant les débats sur la culpabilité ou l’innocence.

La tribune insiste sur le malaise perceptible jusque dans les rangs des soutiens du pouvoir actuel. D’après l’auteur, même parmi ceux qui soutenaient hier Mohamed Ould Abdel Aziz et appuient aujourd’hui le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, l’embarras est manifeste quant à la conduite de cette affaire. L’opinion publique, ajoute-t-il, reste largement sceptique face au récit officiel.

Ahmed Ould Haroun replace enfin cette situation dans un contexte financier plus large. Il rappelle que les budgets de l’État ont atteint des niveaux record depuis 2019, tandis que les montants annoncés comme récupérés au titre de la lutte contre la corruption demeurent, selon lui, marginaux. Cette disproportion alimente, écrit-il, l’impression d’une personnalisation excessive des responsabilités.

Sans contester le principe de reddition des comptes, Ahmed Ould Haroun appelle à distinguer clairement justice et humiliation. Il s’appuie sur des exemples internationaux, notamment en France et au Brésil, pour montrer que l’application de la loi peut aller de pair avec le respect de la dignité des anciens dirigeants.

En conclusion, l’auteur plaide pour la levée des restrictions sur les visites, une prise en charge médicale transparente et la fin de l’isolement prolongé. Des mesures qu’il présente comme des garanties de l’État de droit, estimant qu’au-delà du sort de l’ancien président, c’est l’image de l’État et la cohésion nationale qui sont en jeu.

La tribune se conclut par une référence à la célèbre formule de Talleyrand — « C’est pire qu’un crime, c’est une faute » — qu’Ahmed Ould Haroun juge particulièrement pertinente pour qualifier les risques politiques et moraux liés à la gestion actuelle de ce dossier.

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