En Mauritanie, la Constitution est explicite : le président de la République ne peut exercer plus de deux mandats de cinq ans. Cette limitation n’est ni une clause accessoire ni un simple détail juridique ; elle constitue l’un des fondements de l’équilibre institutionnel. En prêtant serment, le chef de l’État s’engage solennellement à en respecter la lettre et l’esprit.

Pourtant, l’histoire politique nationale semble prisonnière d’un cycle immuable : à mesure qu’un président consolide son autorité, renaît la tentation de l’éterniser.

Alors même que Mohamed Ould Ghazouani entame la deuxième année de son second mandat, certains appellent déjà à une révision constitutionnelle pour lui ouvrir la voie d’un troisième, voire d’un quatrième mandat. Les arguments invoqués — stabilité, continuité, nécessité — sont connus. Ils furent mobilisés hier pour d’autres, avec la même ferveur.

L’expérience mauritanienne, pourtant, devrait inciter à la retenue.

Moktar Ould Daddah, figure tutélaire de l’indépendance, encensé pour son rôle fondateur, connut la prison avant de finir ses jours en exil. Mustapha Ould Salek, porté au pouvoir après le renversement du premier président, s’éteignit dans une relative indifférence. Mohamed Khouna Ould Haidalla subit quatre années d’une détention éprouvante.

Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, après vingt et un ans d’un règne sans partage que l’on présentait naguère comme un rempart de stabilité, vit en exil au Qatar depuis près de vingt ans. Ely Ould Mohamed Vall, artisan d’une transition saluée à l’époque, ne recueillit pas même 2 % des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2008, avant de mourir loin des fastes du pouvoir.

Quant à Mohamed Ould Abdel Aziz, jadis porté par une ferveur quasi dévotionnelle, il est aujourd’hui incarcéré depuis bientôt six ans, affaibli par la maladie et le poids des années. Ceux qui, hier encore, magnifiaient chacune de ses décisions — jusqu’à transformer ses erreurs en prétendues prouesses — observent désormais un silence assourdissant, y compris lorsqu’il s’agit de réclamer pour lui des soins appropriés.

La constante est implacable : le chef en exercice est célébré, parfois sanctifié ; l’ancien chef est isolé, oublié, voire accablé. Les fidélités se délitent à la vitesse du pouvoir perdu. Les louanges d’hier se muent en prudence, sinon en reniement.

Dès lors, vouloir infléchir la Constitution pour prolonger un mandat relève moins d’une nécessité nationale que d’une illusion politique. L’illusion que la popularité du moment serait gage de permanence. L’illusion que l’entourage d’aujourd’hui demeurera fidèle demain. L’illusion, enfin, que l’histoire fera exception.

Or l’histoire mauritanienne n’a jamais accordé d’exception durable.

La véritable force d’un État réside dans la primauté des règles sur les hommes. La grandeur d’un dirigeant ne se mesure pas à la longévité de son règne, mais à sa capacité à accepter la limite, à organiser l’alternance et à inscrire son action dans la continuité institutionnelle plutôt que dans la personnalisation du pouvoir.

En Mauritanie, la leçon est sévère mais limpide : le pouvoir est éphémère, l’adulation volatile, l’abandon fréquent. Seule la Constitution, lorsqu’elle est respectée, garantit la stabilité et l’honneur des institutions.
Yedaly Fall

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