Ils étaient des centaines, ce jour-là, rassemblés sur la place dite de la Liberté à Nouakchott. Des jeunes, pour la plupart, venus exprimer leur colère et leur incompréhension face à la nouvelle mesure gouvernementale imposant le dédouanement et la taxation des téléphones portables.
À première vue, la décision peut sembler administrative. Mais pour ces jeunes, elle représente bien davantage : une menace directe pour les rares opportunités économiques qui leur permettent de survivre dans un contexte marqué par un chômage persistant et un manque criant de perspectives.
Beaucoup d’entre eux ne sont ni de grands commerçants ni des importateurs fortunés. Ce sont de simples jeunes entrepreneurs, souvent contraints d’investir l’ensemble des économies familiales pour lancer un petit commerce de téléphones portables. Dans la majorité des cas, le capital initial dépasse rarement 500 000 anciennes ouguiyas. Une somme modeste, réunie au prix d’innombrables sacrifices, qui constitue pour ces jeunes le seul moyen d’échapper à l’inactivité et de subvenir aux besoins les plus élémentaires.
Pour eux, ce commerce n’est pas un luxe ni un secteur spéculatif. C’est un moyen de survie.
C’est précisément ce qui explique la colère qui s’est exprimée aujourd’hui dans les rues de Nouakchott. Ces jeunes peinent à comprendre les raisons qui poussent le pouvoir à leur imposer une nouvelle charge financière qui risque, dans bien des cas, d’étouffer des activités déjà fragiles.
Dans un pays où l’on ne cesse de proclamer la nécessité de promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes, une telle décision apparaît pour beaucoup comme un signal contradictoire, voire profondément injuste. Comment encourager l’initiative individuelle tout en multipliant les obstacles pour ceux qui tentent simplement de créer leur propre activité ?
La question mérite d’être posée avec franchise.
Car il ne faut pas oublier qu’au moment de son accession au pouvoir, le président avait placé son mandat sous un slogan particulièrement ambitieux : « un mandat pour les jeunes et par les jeunes ». Une promesse forte, porteuse d’espoir pour toute une génération qui attendait des politiques publiques favorisant réellement son insertion économique et sociale.
Sept années ont passé.
Et aujourd’hui, ce sont précisément ces jeunes qui se retrouvent dans la rue pour dénoncer des mesures qu’ils jugent pénalisantes et incompréhensibles. Entre le slogan d’hier et la réalité d’aujourd’hui, le contraste est pour le moins saisissant.
Il est devenu presque banal d’entendre dire que certaines décisions impopulaires seraient le résultat d’un gouvernement qui « saboterait » l’action du président. Cette explication a longtemps servi de refuge commode pour justifier les incohérences et les maladresses du pouvoir.
Mais après sept ans à la tête de l’État, une question s’impose avec de plus en plus d’insistance : peut-on encore continuer à invoquer ce prétexte ?
Ou faut-il finalement se rendre à l’évidence que le sabotage tant évoqué pourrait bien venir d’ailleurs — peut-être même du sommet lui-même ?




