Plus d’une année s’est désormais écoulée depuis l’annonce solennelle d’un dialogue national qui se voulait l’acte fondateur d’un renouveau politique, le creuset d’une parole partagée et l’horizon d’une refondation apaisée. Mais de cette promesse initiale, il ne subsiste aujourd’hui qu’une dynamique vacillante, comme retenue par une force d’inertie qui en altère la portée et en obscurcit le dessein.

La réunion d’hier, dédiée à l’élaboration d’une feuille de route, en a offert une manifestation presque symptomatique. Il aura suffi d’un mot — un seul — pour enrayer le mécanisme fragile des discussions. Un terme en apparence neutre, mais chargé d’une densité politique telle qu’il en devient le point de fixation de toutes les tensions : celui qui touche à la question des mandats. Devant l’opacité de sa formulation, l’opposition a requis, non sans raison, des éclaircissements à la hauteur des enjeux qu’il recouvre. Elle n’a rencontré, en retour, que le silence ou l’indétermination. La séance fut levée, suspendue à une clarification qui devait lever l’équivoque.

Or, en ce mardi 31 mars 2026, la reprise des travaux n’a fait que consacrer la persistance du flou. Rien n’a été précisé, rien n’a été dissipé. L’ambiguïté demeure entière, comme si elle était devenue, à elle seule, une ligne politique. Face à cette absence de volonté apparente de lever le voile, l’opposition a choisi de se retirer, demandant la suspension des travaux pour une durée indéterminée. Ce geste, loin d’être anodin, marque un seuil : celui où la défiance prend le pas sur l’espérance.

Dès lors, la question n’est plus seulement celle du contenu du dialogue, mais celle de sa sincérité. Car un processus qui s’enlise dans les non-dits et les formulations équivoques finit inévitablement par perdre sa substance. Il cesse d’être un espace de construction collective pour devenir le théâtre discret de stratégies inavouées.

Au cœur de cette zone d’ombre se tient la question des mandats présidentiels. Elle n’est pas une variable technique que l’on ajuste à la marge ; elle est un principe structurant, un repère cardinal autour duquel s’ordonne l’équilibre institutionnel. La traiter dans l’imprécision revient à en altérer la portée, sinon à en préparer la redéfinition dans des conditions qui échappent à la transparence requise.

Mais plus profondément encore, ce qui affleure derrière cette ambiguïté persistante, c’est l’impression que cette question n’est pas posée dans l’intérêt supérieur de la nation, mais dans l’orbite d’un intérêt singulier. Tout semble se passer comme si la norme, au lieu de s’imposer à tous avec la même rigueur, pouvait être infléchie pour épouser la trajectoire d’un homme — celui-là même qui exerce aujourd’hui les charges suprêmes de l’État. Une telle perspective, qu’elle soit assumée ou simplement suggérée, introduit une dissonance fondamentale : elle substitue à la logique du bien commun celle, plus étroite, de la convenance individuelle.

Or, lorsque la règle devient malléable au point de s’adapter aux contours d’un destin personnel, c’est l’idée même de l’État de droit qui vacille. La confiance s’effrite, la parole publique se fragilise, et le dialogue, au lieu d’éclairer l’avenir, se replie dans l’opacité des intentions.

Les Mauritaniens, eux, n’attendent ni détours ni artifices. Ils attendent que ce dialogue soit à la hauteur de ce qu’il promettait d’être : un moment de vérité, de clarté et de responsabilité. Ils attendent que l’intérêt collectif y soit affirmé sans détour, au-dessus de toute tentation d’appropriation individuelle.

Il appartient donc aux acteurs politiques, et singulièrement à la majorité, de rompre avec cette logique d’ambiguïté, de restituer aux mots leur clarté, et au processus sa crédibilité. À défaut, ce dialogue national ne sera plus qu’une forme sans substance, une promesse vidée de sa force, et peut-être, à terme, le révélateur d’un rendez-vous manqué entre le pouvoir et le peuple.
Yedaly Fall

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