Le premier ambassadeur de la Mauritanie en Chine, Mohamed Abdellahi Ould El Kharchi, livre un témoignage détaillé sur les débuts des relations diplomatiques entre Nouakchott et Pékin, officiellement établies le 19 juillet 1965, dans un contexte international dominé par la guerre froide, les rivalités idéologiques et l’émergence des mouvements de libération nationale en Afrique et en Asie.
Son Excellence Mohamed Abdellahi Ould El Kharchi fut notamment ministre de l’Éducation nationale, ambassadeur de la Mauritanie en Chine, en Égypte, au Sénégal et au Maroc. Il occupa également à plusieurs reprises les fonctions de conseiller à la Primature et à la Présidence de la République, avant de diriger avec rigueur et efficacité la Société mauritanienne pour la commercialisation du poisson (SMCP).
Dans ce récit mêlant souvenirs personnels et analyse historique, l’ancien diplomate revient sur son arrivée à Pékin en 1967 comme premier représentant de la Mauritanie auprès de la Chine populaire. Il décrit une Chine encore plongée dans la Révolution culturelle, mais déjà engagée dans une politique d’ouverture vers les pays africains et du tiers-monde. Il évoque les premiers échanges diplomatiques entre les deux pays, l’ouverture de l’ambassade chinoise à Nouakchott ainsi que les débuts d’une coopération politique et culturelle appelée, selon lui, à se renforcer au fil des décennies.
Le témoignage accorde une place centrale à la visite officielle du président Moktar Ould Daddah en Chine en 1967, présentée comme une étape majeure dans l’histoire des relations sino-mauritaniennes. L’ancien ambassadeur raconte que, malgré les tensions internes liées à la Révolution culturelle, les autorités chinoises avaient réservé au chef de l’État mauritanien un accueil particulièrement chaleureux et spectaculaire. Il souligne que cette visite témoignait de l’importance stratégique accordée par Pékin à ses relations avec l’Afrique et avec la Mauritanie en particulier.
L’auteur revient également sur ses rencontres avec les principales figures du pouvoir chinois de l’époque, notamment Mao Zedong et Zhou Enlai. Il rapporte plusieurs anecdotes diplomatiques illustrant le climat politique de l’époque et l’attention portée par les dirigeants chinois aux relations avec Nouakchott. Il évoque notamment une remarque de Mao Zedong sur son jeune âge en tant qu’ambassadeur, ainsi que les audiences et réceptions officielles organisées à Pékin en présence des plus hauts responsables chinois.
Au-delà des souvenirs diplomatiques, l’ancien ambassadeur dresse un portrait de la Chine des années 1960, qu’il décrit comme un pays immense, discipliné et profondément attaché à la diplomatie et à la coopération. Il met en avant ce qu’il considère comme les principales qualités des responsables chinois : la modestie, le pragmatisme et le respect des partenaires étrangers.
Le diplomate insiste également sur la solidité des relations entre la Mauritanie et la Chine, rappelant que la coopération entre les deux pays s’est traduite par la réalisation de nombreux projets et infrastructures en Mauritanie. Selon lui, ces relations ont été construites dès le départ sur des bases solides et sur une vision commune du partenariat entre les pays du Sud.
Enfin, l’ancien ambassadeur livre une réflexion plus large sur les transformations géopolitiques actuelles. Il estime que le monde connaît aujourd’hui de profonds bouleversements marqués par l’émergence d’un ordre international multipolaire dans lequel la Chine occupera une place centrale aux côtés des nouvelles puissances du Sud global
