En 2012, le programme « Emel » de Mohamed Ould Abdel Aziz était présenté par la Coordination de l’opposition démocratique (COD) comme un scandale national. Ses dirigeants dénonçaient une opération de séduction électorale déguisée en aide sociale et s’indignaient du spectacle de milliers de Mauritaniens contraints de faire la queue dès l’aube, sous un soleil écrasant, pour quelques produits de première nécessité.
Quatorze ans plus tard, le programme « Aoune » reproduit des scènes qui rappellent étrangement celles d’hier. Dès quatre heures du matin, des citoyens affluent vers les centres de distribution et patientent pendant des heures sous une chaleur suffocante pour bénéficier de l’aide annoncée.
Pourtant, cette fois, le silence domine. Pas de communiqués indignés, pas de dénonciations virulentes, pas d’accusations de clientélisme. Les partis qui condamnaient hier ces pratiques existent toujours et sont, pour beaucoup, dirigés par les mêmes responsables.
Alors, qu’est-ce qui a changé ? Les files d’attente sont toujours là. La chaleur est toujours la même. La précarité qui pousse les citoyens à chercher cette aide n’a pas disparu. La seule différence visible semble être ailleurs.
À moins que ce qui était considéré comme une atteinte à la dignité des Mauritaniens lorsqu’il était pratiqué par un pouvoir ne soit devenu acceptable dès lors qu’il est mis en œuvre par un autre. Une question qui mérite d’être posée, au nom de la cohérence politique et du respect de l’intelligence des citoyens.
Yedaly Fall
