Le président du Conseil régional de l’Assaba, Mohamed Mahmoud Ould Habib, a profité de la cérémonie de lancement de la saison touristique à Kiffa, en présence de la Première dame Mariem Mohamed Fadel Dah et de plusieurs membres du gouvernement, pour lancer un appel politique pour le moins surprenant : le maintien du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au pouvoir.

Dans son discours, l’élu régional a demandé que le chef de l’État puisse rester au pouvoir, affirmant, selon des propos rapportés de son intervention, que cette demande devait être satisfaite « quel que soit le moyen » utilisé. Il aurait même insisté sur le fait qu’il avait formulé cette demande « dans toutes les langues ».

L’information a été rapportée par plusieurs médias locaux à la suite de la cérémonie organisée dimanche à Kiffa. (Assaba⁠)

Quand un élu oublie les limites de son mandat

Le propos pose une question politique et institutionnelle majeure.

Le président d’une région est un élu du peuple. Il représente une collectivité territoriale et non un régime politique. Son rôle est de défendre les intérêts de sa région, de porter les préoccupations de ses électeurs et de participer au développement local.

Le voir utiliser une cérémonie officielle consacrée au tourisme pour réclamer le maintien du président de la République au pouvoir, et surtout évoquer un maintien « quel que soit le moyen », dépasse donc largement le registre de la simple déclaration de soutien politique.

Le plus préoccupant n’est d’ailleurs pas seulement le souhait exprimé. C’est la formulation.

Dans un État de droit, le pouvoir ne se conserve pas « par tous les moyens ». Il se conquiert et s’exerce dans le respect de la Constitution, des lois et des règles démocratiques. Pour un élu local, rappeler cette évidence devrait relever du réflexe républicain.

Une scène qui en dit long

Un autre détail de la séquence interpelle.

Au moment où Mohamed Mahmoud Ould Habib prononçait cette déclaration, des images diffusées de la cérémonie montrent la Première dame et plusieurs membres du gouvernement échangeant des sourires et des rires.

Difficile, à partir des seules images, d’affirmer ce qui les faisait rire. Mais la scène produit une impression pour le moins étrange : pendant qu’un élu appelle publiquement au maintien du président au pouvoir « par quelque moyen que ce soit », les responsables présents semblent réagir avec amusement.

S’agissait-il d’une réaction à ses propos ? D’un échange sans rapport avec son discours ? Les images ne permettent pas de trancher.

Mais elles soulèvent une question : comment une déclaration aussi lourde politiquement a-t-elle été accueillie par ceux qui se trouvaient au premier rang ?

La République mérite mieux que les serments de fidélité

Cette séquence rappelle surtout une vieille dérive de la politique mauritanienne : lorsque certains élus et responsables locaux transforment les cérémonies publiques en tribunes de fidélité au pouvoir.

Un président de région devrait parler de l’eau, des routes, de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de l’emploi, du tourisme et des besoins de ses administrés. Il devrait porter la voix de ceux qui l’ont élu.

Il n’a pas été élu pour promettre au président de la République de rester au pouvoir « par tous les moyens ».

Ce genre de déclaration donne surtout l’image d’une classe politique davantage préoccupée par la conservation du pouvoir que par les limites que la Constitution impose à son exercice.

Une phrase qui devrait faire débat

Le président de la Région de l’Assaba a le droit, comme tout citoyen, de soutenir le président de la République et de souhaiter la poursuite de son action.

Mais un élu peut-il aller jusqu’à défendre son maintien au pouvoir « quel que soit le moyen » ?

La question mérite d’être posée publiquement.

Car dans une démocratie, ce ne sont pas les moyens qui doivent être adaptés à la volonté de conserver un dirigeant. C’est le dirigeant qui doit rester soumis aux règles qui organisent son mandat.

À Kiffa, une cérémonie consacrée à la promotion du tourisme intérieur s’est ainsi retrouvée au cœur d’un débat autrement plus politique : celui des limites du soutien au pouvoir et du respect des règles républicaines.

Et cette phrase de Mohamed Mahmoud Ould Habib risque de rester comme l’un des moments les plus singuliers de cette cérémonie : un élu du peuple demandant que le chef de l’État reste au pouvoir, « peu importe le moyen ».

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