L’Organisation pour la transparence globale (OTG) met en cause les conditions dans lesquelles certains travaux électriques ont été réalisés à Nouakchott avant l’incendie de deux postes de transformation survenu en août 2026.

Dans un rapport rendu public, l’organisation affirme avoir recueilli auprès de techniciens et d’ingénieurs de la Société mauritanienne d’électricité (Somelec) des informations faisant apparaître des « interrogations techniques » autour des câbles moyenne tension récemment installés dans les deux postes concernés.

Ces câbles auraient été fournis, installés et raccordés par la société CTM Bâtiment.

Des doutes sur l’expérience technique

L’OTG s’interroge d’abord sur les qualifications de l’entreprise au regard des exigences du marché. Celui-ci portait notamment sur l’installation et la mise en service de câbles 33 kV, les systèmes de protection, les communications par fibre optique et l’intégration des équipements au système SCADA.

Le dossier d’appel d’offres exigeait également des candidats qu’ils justifient de deux réalisations similaires au cours des cinq dernières années.

Or, selon l’organisation, CTM Bâtiment ne disposerait pas des références nécessaires.

L’entreprise présente notamment sur son site la centrale solaire de Zouerate, d’une capacité de 12 MW, comme l’une de ses principales références. Mais un rapport de projet de fin d’études réalisé au sein de la SNIM, consulté par l’OTG, attribuerait à CTM Bâtiment les travaux de construction de la centrale, tandis qu’une autre société, GBL Energy, aurait assuré les installations techniques.

L’organisation estime que cette distinction remet en question la valeur de cette réalisation comme référence pour des travaux électriques spécialisés.

Un marché attribué malgré quatre offres moins chères

Le rapport s’intéresse également à un autre marché attribué à CTM Bâtiment le 8 janvier 2025 pour l’alimentation électrique de la station d’eau d’Idini.

D’un montant de 819 millions d’ouguiyas, le marché aurait été attribué à l’entreprise alors que quatre autres soumissionnaires avaient présenté des offres moins élevées.

L’OTG souligne en outre que certains de ces concurrents disposaient d’une expérience importante dans le domaine des travaux électriques.

Pour l’organisation, ces éléments soulèvent des interrogations sur les conditions d’évaluation des offres et sur l’impartialité de la procédure d’attribution.

Un délai de quatre mois devenu vingt mois

Autre point soulevé : le délai d’exécution.

Alors que le projet de Nouakchott aurait été annoncé pour une durée de quatre mois, l’OTG affirme qu’il aurait finalement duré environ 20 mois et ne serait toujours pas achevé.

L’organisation affirme qu’aucune sanction financière ou administrative n’aurait été appliquée malgré ce retard et relève que CTM Bâtiment aurait ensuite obtenu trois autres marchés dans le cadre de groupements d’entreprises, dont un projet de construction et de réhabilitation de postes électriques à Nouakchott d’un montant de 11 millions de dollars.

Les nouveaux câbles au cœur des soupçons

C’est toutefois le lien entre les nouveaux câbles et les incendies qui constitue le principal point d’interrogation du rapport.

Selon des sources techniques citées par l’OTG, les deux incendies seraient survenus après l’installation et le raccordement des nouveaux câbles.

Un ingénieur interrogé par l’organisation aurait estimé que leur éventuelle non-conformité ou des erreurs lors de leur installation pourraient être à l’origine des incidents.

Une autre source, qui aurait visionné des images enregistrées avant l’incendie, affirme que les premiers coffrets d’où serait apparue de la fumée correspondaient aux équipements récemment raccordés aux nouveaux câbles.

Cette même source estime que ces images pourraient remettre en cause l’hypothèse d’un sabotage évoquée après les incendies.

L’OTG demande une expertise indépendante

L’organisation rappelle par ailleurs que le ministre de l’Énergie avait déclaré à la télévision publique que les postes concernés avaient été construits par des entreprises spécialisées et pouvaient avoir une durée de vie supérieure à 50 ans. Il avait également indiqué qu’aucun nouveau transformateur ou disjoncteur n’avait été installé avant les incidents et que la principale modification récente concernait le raccordement de nouveaux câbles acquis dans le cadre du programme d’urgence.

Pour l’OTG, ces éléments justifient une expertise approfondie.

Elle demande notamment l’analyse des enregistrements des caméras de surveillance, l’examen technique des câbles et la vérification des qualifications des équipes ayant procédé à leur installation.

L’organisation souhaite également que la SNIM précise officiellement le rôle exact joué par CTM Bâtiment dans la réalisation de sa centrale solaire de Zouerate.

Le rapport doit être transmis au Premier ministre, Moctar Ould Diaye, ainsi qu’au président de la commission d’enquête chargée d’élucider les circonstances des incendies.

L’OTG précise que les éléments qu’elle avance constituent des indices et des interrogations nécessitant vérification et ne sauraient, à ce stade, établir une responsabilité définitive dans les incendies.

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