Dans une publication sur sa page Facebook, le président d’IRA-Mauritanie, Biram Dah Abeid, dénonce le décalage entre le dialogue politique engagé par le pouvoir, les activités de mobilisation du parti El Insaf et ce qu’il considère comme une préparation du terrain pour une troisième mandature. Il critique également la montée, selon lui, d’un discours régionaliste et tribal au sein même de l’administration.
Dans son message, Biram Dah Abeid estime que le pouvoir entretient une « profonde contradiction » dans sa manière de gérer les affaires publiques.
D’un côté, souligne-t-il, le régime organise des rencontres avec les acteurs politiques et affirme vouloir renforcer les acquis, approfondir les réformes et rechercher un consensus national autour des règles du jeu démocratique.
De l’autre, poursuit-il, des délégations du parti El Insaf sillonnent différentes régions du pays pour mobiliser les populations. Une activité qui, selon lui, s’apparente à une préparation du terrain en faveur d’une troisième mandature présidentielle.
Pour Biram Dah Abeid, il est contradictoire de rechercher un consensus autour des règles démocratiques tout en préparant, parallèlement, leur remise en cause.
Le retour du discours régionaliste
L’opposant s’inquiète également de ce qu’il décrit comme l’émergence d’un discours régionaliste porté par certains responsables de l’État.
Il cite notamment le cas d’un secrétaire général de ministère qui aurait, lors d’une rencontre avec des habitants et des cadres de sa région, mis en avant la nomination de plusieurs ressortissants de cette zone à des postes importants, plutôt que de défendre le bilan du gouvernement à travers ses politiques publiques.
Pour Biram Dah Abeid, les nominations dans l’administration ne sauraient être considérées comme des récompenses accordées à une région, une tribu ou une composante sociale.
Elles doivent, selon lui, répondre à des critères de compétence, de mérite et d’intérêt général.
Plus préoccupant encore serait, à ses yeux, le caractère tribal de ce discours. Présenter la nomination de membres d’une tribu comme une forme de compensation à l’absence d’élus issus de celle-ci reviendrait à réduire l’État à un système de partage des postes entre régions et tribus.
Une logique qu’il juge particulièrement dangereuse lorsqu’elle est portée par un haut responsable de l’administration dans l’exercice de ses fonctions.
« L’État ne doit pas devenir un système de quotas »
Biram Dah Abeid considère que cette évolution traduit un affaiblissement progressif du sens de l’État et une banalisation des logiques tribales et régionales au sein des institutions.
Présenter les nominations de ressortissants d’une région comme un acquis politique destiné à mobiliser cette population revient, selon lui, à faire de la politique sur des bases régionales, tribales et identitaires.
Il dénonce une conception de la citoyenneté fondée sur une logique d’appartenance : si « nos enfants » obtiennent des postes, alors le pouvoir serait considéré comme favorable à notre région ou à notre tribu.
Une conception qu’il juge incompatible avec les principes de la République.
La Mauritanie, rappelle-t-il, est une République et un État unitaire. Ses citoyens ne devraient pas être considérés comme les représentants de régions ou de tribus auxquelles le pouvoir distribuerait des postes en fonction de leurs appartenances.
Le véritable sens de la République
Pour Biram Dah Abeid, le discours politique devrait avant tout porter sur l’égalité devant l’État, la justice, l’éducation, la santé, l’emploi et le développement.
La Mauritanie ne pourra pas se consolider, estime-t-il, à travers une compétition entre régions, tribus et composantes sociales pour obtenir leur part des postes publics.
Elle ne pourra se consolider que lorsque chaque Mauritanien pourra accéder aux institutions de l’État non pas parce qu’il est « fils » de telle région, appartient à telle tribu ou relève de telle composante, mais simplement parce qu’il est citoyen mauritanien.
C’est, à ses yeux, le véritable sens de la République.
L’opposant appelle ainsi à la vigilance face à ce qu’il décrit comme un double dérapage : d’une part, la préparation d’une éventuelle remise en cause de la limitation constitutionnelle des mandats et, d’autre part, la banalisation du discours tribal et régionaliste au sein même des institutions de l’État.
« On ne peut pas construire le consensus national avec un discours et préparer sa destruction avec un autre », conclut Biram Dah Abeid.




