Libertés publiques, fracture régionale, pouvoir d’achat, SOMELEC, assainissement et pratiques médiatiques : le président de l’IRA a dressé, jeudi à Nouakchott, un réquisitoire contre la gestion du pays, dénonçant un traitement qu’il juge différencié entre citoyens selon qu’ils soutiennent ou contestent le pouvoir.
Nouakchott — Biram Ould Dah Ould Abeid n’a pas limité ses critiques à un seul dossier. Lors d’une conférence de presse tenue jeudi 1er octobre, le président de l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) a passé en revue plusieurs sujets sensibles, de la liberté de réunion au coût de la vie, en passant par les équilibres régionaux, les incendies ayant touché des installations de la SOMELEC et les difficultés persistantes de l’assainissement à Nouakchott.
D’emblée, l’opposant a identifié ce qu’il considère comme le dénominateur commun de ces différents dossiers : un traitement différent des Mauritaniens selon leur positionnement à l’égard du pouvoir.
Boghé, symbole d’une liberté de réunion à deux vitesses ?
La récente tournée de l’IRA à Boghé a constitué l’un des principaux exemples avancés par Biram Ould Dah Ould Abeid.
Selon lui, des citoyens qui avaient prévu de l’accueillir ont été empêchés de se rassembler, tandis qu’un important dispositif policier encadrait les déplacements de sa délégation.
Le président de l’IRA a comparé cette situation aux mobilisations observées lors des déplacements du président de la République ou des responsables du parti au pouvoir.
« La liberté de réunion est permise aux gens du pouvoir, pas aux autres », a-t-il affirmé, voyant dans cet épisode l’illustration d’un traitement qu’il juge inégal entre pouvoir et opposition.
Le Nord : au-delà des cérémonies officielles, un malaise
Biram Ould Dah Ould Abeid s’est également attardé sur la situation des régions du Nord, qu’il dit avoir parcourues et où il affirme avoir rencontré différentes catégories de la population.
Il a notamment relativisé la portée de la mobilisation observée lors de la récente tournée présidentielle dans cette partie du pays, estimant qu’une partie de cette mobilisation provenait de l’appareil administratif et politique.
L’opposant affirme par ailleurs avoir constaté, lors de ses rencontres, un « sentiment de marginalisation » lié notamment à l’accès aux postes de responsabilité et à la représentation des cadres originaires de ces régions dans les centres de décision.
Tout en reconnaissant le poids démographique et politique de l’Est, il met en garde contre toute logique de succession régionale dans l’exercice du pouvoir.
« La Mauritanie n’est la propriété d’aucune région, ni du Nord, ni de l’Est, ni du Sud, ni du Centre, ni de Nouakchott », a-t-il martelé.
Des ressources abondantes, mais un panier de la ménagère sous pression
Autre préoccupation soulevée : le pouvoir d’achat.
Poisson, viande, lait et légumes ont été cités pour illustrer, selon lui, le paradoxe d’un pays disposant de ressources importantes mais dont une partie de la population peine à accéder aux produits de première nécessité.
Biram Ould Dah Ould Abeid a notamment souligné l’importance des ressources halieutiques, du cheptel et des terres agricoles, tout en dénonçant la dépendance persistante du pays aux importations.
Il estime ainsi que la richesse en ressources naturelles ne se traduit pas suffisamment dans le quotidien des familles.
Journalistes et blogueurs : critiquer le pouvoir, sans franchir la ligne de la vie privée
Le président de l’IRA a également consacré une partie de son intervention au rôle des journalistes et blogueurs.
Il a salué leur contribution à l’information du public et à l’élargissement de l’espace de débat, particulièrement pour ceux qui travaillent depuis l’étranger.
Mais il a posé une limite claire : la critique politique, aussi sévère soit-elle, ne devrait pas se transformer en attaques contre la vie privée ou les familles.
Il a également accusé le président de la République, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur de financer des campagnes de dénigrement contre certaines personnes. Une accusation formulée publiquement par le dirigeant de l’IRA, sans éléments détaillés présentés lors de cette conférence.
Pour lui, cette exigence de retenue doit s’appliquer à tous, du pouvoir à l’opposition, en passant par les journalistes, blogueurs et citoyens.
SOMELEC : « Une commission doit faire sortir la vérité »
Sur les incendies ayant affecté plusieurs installations de la SOMELEC, Biram Ould Dah Ould Abeid réclame la publication intégrale des conclusions de la commission d’enquête instituée par arrêté du Premier ministre le 25 août 2026.
Il demande que soient établies les causes techniques des incendies, les conditions de maintenance des installations et les éventuelles responsabilités.
L’objectif, selon lui, est d’éviter qu’une commission d’enquête ne se transforme en simple étape administrative sans conséquences.
Nouakchott sous les eaux : les comptes demandés sur l’assainissement
Enfin, l’assainissement de Nouakchott a constitué le dernier volet de son intervention.
Chaque saison des pluies, plusieurs quartiers de la capitale sont confrontés aux inondations, malgré les différents programmes annoncés au fil des années.
Biram Ould Dah Ould Abeid demande ainsi des explications sur les sommes réellement investies, les infrastructures réalisées, leur localisation, leur état et leur entretien.
Derrière ces interrogations, il pose une question centrale : comment expliquer que Nouakchott demeure aussi vulnérable aux pluies après des années d’annonces et de programmes consacrés à l’assainissement ?
À travers cette conférence de presse, le président de l’IRA a donc choisi d’élargir son angle d’attaque : libertés publiques, équilibres territoriaux, pouvoir d’achat, médias, infrastructures et transparence de la gestion publique. Un inventaire qui traduit, dans son discours, une contestation globale de la manière dont le pays est aujourd’hui administré.


