La chaleur n’a pas seulement fait son retour : elle a mis à nu, avec une brutalité accablante, l’échec d’un pouvoir incapable d’assurer l’essentiel. À Nouakchott, des quartiers entiers vivent sans eau, abandonnés à une soif quotidienne qui ronge les corps, dégrade l’hygiène et mine toute dignité. Ce n’est plus une difficulté passagère, c’est une faillite.

Car enfin, que vaut un gouvernement qui n’est même pas capable de garantir à son peuple l’accès à l’eau ? Que reste-t-il de sa légitimité quand il échoue à assurer la sécurité, la santé, l’éducation — et jusqu’au droit le plus élémentaire de boire et de vivre dignement ? Rien, sinon une présence pesante, coupée des réalités.

Et comme si cela ne suffisait pas, ces derniers temps, chaque apparition des membres du gouvernement semble annoncer son lot de mauvaises nouvelles. Une hausse des prix du carburant, une augmentation du gaz, parfois les deux à la fois. À croire que leur parole ne porte plus aucun espoir, mais seulement de nouvelles charges pour un peuple déjà à bout. Faut-il y voir une simple coïncidence, ou bien une véritable guigne qui colle désormais à chaque annonce officielle ?
Le contraste est devenu presque cruel. D’un côté, un peuple exposé au soleil, marqué par la chaleur et les épreuves, dont les visages se durcissent et se fatiguent au fil des jours. De l’autre, des ministres qui semblent, eux, s’éclaircir chaque jour davantage, à l’abri, préservés dans le confort des bureaux climatisés et des privilèges. Deux réalités qui ne se rencontrent plus.

Pendant que la population s’épuise, compte chaque pièce, saute des repas et maigrit sous le poids de la misère, ceux qui dirigent donnent le spectacle inverse : confort, privilèges, indifférence. Ils circulent dans des véhicules luxueux, vivent sous des climatiseurs, loin de la chaleur, loin de la soif, loin du quotidien des citoyens. Ce décalage n’est pas seulement choquant, il est moralement indéfendable.

Il ne s’agit plus d’attendre des explications, encore moins des promesses. Ce qui est en cause, c’est une incapacité manifeste à gouverner dans l’intérêt général. Et face à une telle défaillance, l’honnêteté — la vraie — impose une seule issue : reconnaître son échec et partir.

Démissionner ne serait pas un aveu de faiblesse, mais un acte de responsabilité. Continuer à s’accrocher au pouvoir pendant que le peuple souffre est, en revanche, une faute politique et morale grave.

Un pays ne peut pas avancer lorsque ceux qui le dirigent ont cessé d’écouter, de voir et d’agir. Et un peuple ne peut pas indéfiniment porter, seul, le poids de l’incompétence de ses dirigeants.
Qu’ils partent donc. Personne ne regrettera leur départ.
Yedaly Fall

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