Le Premier ministre a exposé, sur sa page Facebook, un arbitrage entre deux options face à la hausse des prix des carburants : d’un côté, le maintien d’une subvention généralisée visant à contenir directement les prix à la pompe ; de l’autre, une formule plus ciblée combinant une prise en charge partielle du différentiel de prix par l’État et une orientation renforcée des aides vers les ménages les plus vulnérables.

Sur le plan budgétaire, la contrainte est réelle. Une subvention universelle absorbe des ressources considérables et réduit la capacité de l’État à financer d’autres priorités sociales et d’investissement. À l’inverse, une approche ciblée permettrait une meilleure allocation des ressources publiques, mais suppose une administration sociale fiable, des données actualisées et des mécanismes de contrôle efficaces pour éviter les exclusions et les erreurs de ciblage.

Toutefois, ces deux options restent centrées sur une logique de court terme : amortir le prix du carburant sans agir sur les causes structurelles de sa volatilité et de son poids dans l’économie nationale. Elles répondent au choc, mais ne réduisent pas la vulnérabilité.

Or, dans le contexte mauritanien, cette vulnérabilité est alimentée par plusieurs facteurs : forte dépendance aux importations énergétiques, insuffisance des alternatives de transport collectif, faiblesse de l’efficacité énergétique et poids encore limité des énergies renouvelables dans la consommation globale. Tant que ces éléments ne sont pas traités, le pays restera exposé aux mêmes tensions à chaque variation des marchés internationaux.

Une approche plus soutenable consisterait à combiner plusieurs leviers. À court terme, la poursuite d’aides ciblées et mieux structurées via des transferts directs aux ménages vulnérables, appuyés sur un registre social fiable, permettrait de renforcer l’efficacité de la dépense publique. Parallèlement, une réduction progressive des subventions généralisées éviterait leur caractère coûteux et peu équitable.

Dans le même temps, des investissements prioritaires dans les transports publics, notamment urbains et interurbains, contribueraient à réduire la consommation globale de carburant. Le développement de solutions énergétiques locales, en particulier solaires, permettrait également de diminuer la dépendance aux produits importés, notamment dans la production d’électricité et certains usages publics. Enfin, un meilleur ciblage des soutiens aux secteurs productifs essentiels, comme la pêche, l’agriculture et le transport de marchandises, renforcerait la résilience économique sans subventionner indistinctement la consommation.

Au-delà de la gestion immédiate des prix, l’enjeu central reste donc la transition d’un modèle de soutien permanent aux prix vers un modèle de réduction progressive de la dépendance aux subventions. Tant que cette transformation structurelle ne sera pas engagée, le débat restera le même à chaque crise : arbitrer entre des solutions coûteuses à court terme, sans jamais réduire durablement les causes profondes de la pression sur les prix.
Yedaly Fall

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