Comment comprendre qu’en 2026, Nouakchott et Nouadhibou, censées incarner les centres névralgiques du pouvoir et de l’économie nationale, soient encore confrontées à des coupures récurrentes d’eau et d’électricité, comme si les services les plus élémentaires relevaient de l’incertitude permanente ?

Comment admettre que des malades rénaux multiplient les alertes, que des patients atteints de cancer dénoncent des interruptions de prise en charge, tandis que le système de santé semble fonctionner sous une pression devenue structurelle ?

À cette réalité s’ajoute une autre difficulté, plus silencieuse mais tout aussi lourde : la vie chère, qui s’installe durablement, fragilise les ménages et transforme les dépenses ordinaires en charge quotidienne difficilement soutenable.

Sur le terrain, la contestation ne relève plus de faits isolés. À Awainat Zbel, des habitants sont descendus dans la rue après six jours sans électricité. Dans d’autres localités, des citoyens bloquent des axes routiers pour réclamer l’accès à l’eau potable. Et dans le même temps, les pénuries d’essence et de diesel perturbent les déplacements, freinent l’activité économique et renforcent un sentiment d’asphyxie générale.

Ce qui se dessine n’est plus une succession de difficultés indépendantes, mais une convergence de crises. Eau, électricité, santé, carburant, coût de la vie : les piliers du quotidien vacillent simultanément, installant une fatigue sociale profonde et une inquiétude diffuse.

Dans ce contexte, la question de la responsabilité politique s’impose avec force. Dans l’architecture institutionnelle, le Président définit les orientations stratégiques de l’État, tandis que le gouvernement, dirigé par le Premier ministre, assure la mise en œuvre et la gestion quotidienne des politiques publiques.

Dans de nombreux systèmes politiques, lorsque les crises s’installent et que la pression sociale s’intensifie, le Premier ministre devient souvent la première variable d’ajustement. Son départ sert alors de signal politique : il marque une rupture, traduit une prise de responsabilité et tente de restaurer la confiance.

Ici, cependant, ce mécanisme paraît s’être affaibli, ce qui nourrit dans l’opinion un sentiment d’immobilisme face à la persistance des mêmes difficultés.

Au-delà des responsabilités individuelles, c’est la capacité de l’État à garantir de manière continue les services essentiels qui est aujourd’hui interrogée. Car lorsque les pénuries se répètent, que la vie devient plus coûteuse et que les services de base deviennent incertains, la crise cesse d’être conjoncturelle pour devenir structurelle.

Lorsque les tensions sociales cessent d’être dispersées pour se concentrer sur les mêmes causes, lorsque des populations historiquement calmes entrent progressivement dans la contestation, et lorsque les besoins fondamentaux ne sont plus garantis de manière stable, l’équilibre social lui-même se fragilise. Ignorer ces signaux ou les sous-estimer revient à s’exposer à une situation plus profonde et plus difficile à maîtriser.
Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour mériter cela ?

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