Près d’un an après la mise en place de la commission chargée de réexaminer les contrats pétroliers et gaziers conclus sous la présidence de Macky Sall, aucune renégociation formelle n’a encore été entamée. Ce retard suscite l’impatience d’une opinion publique qui attendait des actes forts du gouvernement, conformément aux engagements pris par le Premier ministre Ousmane Sonko à son arrivée aux affaires.

Créée en août 2024, la commission d’audit et de renégociation travaille dans la discrétion. Dirigée par El Hadj Ibrahima Diop, ancien haut cadre des impôts, elle réunit juristes, fiscalistes, techniciens de l’énergie et hauts fonctionnaires, mais sa composition complète reste inconnue. Selon les responsables, ce choix de confidentialité vise à garantir un climat de travail serein, loin des pressions médiatiques.

Sur le fond, les travaux préparatoires ont bien avancé. Plusieurs audits techniques, rapports d’experts et études financières ont été menés sur les contrats en cours, notamment ceux liés aux projets de Grand Tortue Ahmeyim et de Sangomar, opérés respectivement par BP, Kosmos et Woodside. Les premières estimations font état de pertes potentielles estimées entre 200 et 300 millions de dollars sur la durée des concessions, si les accords ne sont pas revus. Ces montants découlent d’un constat souvent évoqué : les coûts déclarés par les multinationales seraient artificiellement gonflés, réduisant la rentabilité pour l’État sénégalais.

Cette situation, dénoncée par plusieurs responsables du nouveau régime, a été présentée comme une injustice à corriger. Le Premier ministre avait promis de revoir les contrats afin de garantir une meilleure rémunération des ressources nationales. Pourtant, sur le terrain diplomatique et juridique, la marge de manœuvre apparaît limitée. Les textes en vigueur sont juridiquement solides et toute tentative de révision unilatérale expose Dakar à des litiges devant les instances d’arbitrage international. Woodside, d’ailleurs, a déjà engagé une procédure auprès du CIRDI, à la suite d’un différend avec l’administration fiscale sénégalaise.

En interne, le dispositif ne fait pas l’unanimité. Des voix critiques, y compris dans l’appareil d’État, dénoncent une approche plus politique que stratégique. Certains membres de la commission sont accusés d’être davantage des militants que des spécialistes, et leur nomination serait liée à leur proximité avec le Premier ministre plutôt qu’à leur compétence technique. L’absence de calendrier public et la lenteur du processus nourrissent aussi les doutes.

Malgré tout, les autorités maintiennent le cap. Pour Khadim Bamba Diagne, président du COS Petrogaz et membre de la commission, ces renégociations sont non seulement nécessaires mais vitales pour que les ressources naturelles profitent réellement au pays. Il insiste sur une méthode rigoureuse, appuyée par des partenaires techniques externes, dans l’objectif d’obtenir un rééquilibrage sans confrontation frontale avec les compagnies étrangères.

Alors que les premiers barils s’apprêtent à générer des revenus, une question reste posée : le Sénégal pourra-t-il concilier souveraineté économique et sécurité juridique sans compromettre son attractivité auprès des investisseurs ? En attendant des avancées concrètes, le temps joue contre un exécutif sommé de tenir ses promesses.

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