Le ministre des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière, Mokhtar Ahmed Bouceif, a affirmé que son département dispose désormais d’un diagnostic clair des dysfonctionnements majeurs et des défis considérables qui affectent le secteur foncier en Mauritanie. Ce constat a été dressé, selon lui, après la reprise en main des dossiers fonciers autrefois dispersés entre plusieurs administrations.
Répondant aux questions des députés Ahmed Ould Mballa et Mohamed Yahya Lemoustapha sur la situation du foncier, le ministre a rappelé que son ministère, dans sa configuration actuelle, n’a commencé à exercer ses compétences qu’à partir de mars 2025, date à laquelle les textes lui attribuant la gestion du domaine public ont été promulgués. Parmi les principaux problèmes recensés figurent les lotissements ruraux non réglementés, les attributions foncières multiples pour une même parcelle, les demandes d’indemnisation abusives, le manque de plans d’urbanisme précis et les difficultés liées au déblocage des documents cadastraux.
Le ministre Bouceif a insisté sur la nécessité de concentrer les efforts sur la capitale Nouakchott, considérée comme la vitrine du pays et le principal foyer des litiges fonciers. Il a évoqué l’existence d’une volonté politique forte, d’un diagnostic précis des dysfonctionnements et d’une hiérarchisation des priorités comme éléments moteurs de cette action.
Une fois les problèmes de Nouakchott réglés, le ministre prévoit de généraliser l’expérience aux autres wilayas du pays en appliquant la même méthodologie et en élaborant de nouveaux plans directeurs et de lotissement.
Le ministre a également évoqué la lutte engagée contre ce qu’il a appelé « l’hémorragie des ghettos » (El Guezra) dans les zones de Teyarett, théâtre de nombreuses spéculations foncières et conflits alimentés par des courtiers, ainsi qu’à Tevragh Zeina, où subsistent de nombreux lotissements non viabilisés et des projets économiques informels installés sur des terrains sans titre de propriété.
Bouceif a expliqué que mettre fin à cette « hémorragie foncière » exigeait des solutions équilibrées, prenant en compte à la fois les droits des citoyens et l’autorité de l’État, seul habilité à planifier et attribuer le foncier. Il a rappelé que l’expansion désordonnée de Nouakchott compliquait l’accès des habitants aux services publics de base.
Il a également souligné que, comme dans d’autres pays, les Mauritaniens considèrent la terre comme un moyen d’investissement, de logement, de propriété et d’épargne – une relation au foncier née dans les années 1970, suite aux sécheresses et aux vagues d’exode rural.
Enfin, le ministre est revenu sur la gestion chaotique du secteur foncier depuis l’indépendance : morcelé entre plusieurs ministères et autorités non coordonnées, dominé par l’anarchie administrative et les interventions des bénéficiaires et intermédiaires. Cette désorganisation a favorisé l’émergence des quartiers informels (El Guezra).
La création, en août 2024, du ministère en charge du foncier répond, selon lui, à une volonté du président Mohamed Ould Ghazouani de mettre fin au désordre et de résoudre enfin les multiples crises du secteur.




