Une lettre largement partagée sur les réseaux sociaux depuis le 14 août suscite une vive polémique. Attribuée à l’ancien procureur général près la Cour suprême, Seyid Ould Ghaylani, elle dénonce avec vigueur l’arrestation et le traitement infligé au blogueur Aly Ould Bekkar, évoquant un « glissement autoritaire » et un « recul alarmant des droits humains ».

À ce stade, l’authenticité de la lettre n’a pas pu être confirmée. Aucun démenti ni confirmation officielle n’a été publié par l’auteur présumé, bien que le style, le ton juridique et la signature complète figurant en bas du texte laissent peu de doute sur son origine aux yeux de nombreux observateurs.

Dans cette lettre, l’auteur affirme que l’affaire Aly Ould Bekkar ne relève pas d’un simple abus individuel, mais révèle l’existence d’une culture répressive enracinée au sein de l’appareil étatique, où la coercition l’emporte sur l’État de droit et le respect des institutions. « Ce n’est pas parce qu’il est mon neveu que j’écris », précise-t-il, « mais parce qu’il incarne une génération de jeunes qui croient en leur pays et en son avenir. »

Le texte revient en détail sur les aspects juridiques du dossier, estimant qu’aucun fondement légal ne permettait l’arrestation du blogueur, sauf à démontrer une menace directe à la sécurité publique — ce que les autorités n’auraient pas prouvé jusqu’ici. L’auteur s’attarde particulièrement sur le rasage forcé des cheveux de la tête, qu’il qualifie de traitement cruel, inhumain et dégradant, interdit par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Mauritanie. Selon lui, il s’agit d’une forme de torture symbolique visant à humilier la personne, dans une logique de domination sociale et politique qui rappelle les méthodes des régimes autoritaires et les pratiques coloniales.

La lettre dénonce également l’implication de la gendarmerie — une force à caractère militaire — dans l’exécution de cette « punition », ce qui, selon son auteur, témoigne d’une militarisation inquiétante de la vie civile et d’un effacement de l’autorité judiciaire. Elle fustige le silence du ministère concerné, qui n’a pas daigné publier de communiqué pour répondre aux faits rapportés, se contentant d’une réponse sécuritaire, brutale et dénuée de cadre institutionnel.

Au-delà de l’affaire elle-même, le texte y voit un message adressé à l’ensemble des activistes et des blogueurs : « celui qui critique sera humilié ». Il s’agirait, selon l’auteur, d’un mécanisme d’intimidation destiné à étouffer toute voix critique, au prix d’une atteinte grave à la dignité humaine et au principe fondamental d’égalité entre citoyens.

L’auteur appelle à une réaction rapide et responsable de la part de l’État : ouverture d’une enquête indépendante sur les faits, présentation d’excuses officielles, réhabilitation du blogueur et adoption d’une réforme législative interdisant toute sanction extrajudiciaire. Il invite aussi les institutions, la société civile et les élites à prendre leurs responsabilités face à ce qu’il considère comme un tournant pour la démocratie mauritanienne.

« Ce qui est arrivé à Aly Ould Bekkar est un test pour l’État mauritanien », conclut-il. « Soit nous consolidons l’État de droit, soit nous glissons vers un régime de peur. »

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