Dans une analyse publiée récemment, l’ancien ministre Mohamed Vall Ould Bellal revient sur l’évolution de la scène politique mauritanienne depuis l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en 2019. S’appuyant notamment sur une observation du journaliste Haiba Cheikh Sidaty, il estime que le chef de l’État a particulièrement réussi sur deux plans majeurs : l’apaisement politique et le renforcement de la cohésion sociale.
Selon cette lecture, ces deux facteurs ont permis au président de traverser six années de mandat dans un climat relativement stable, contrastant avec la période précédente marquée par une forte agitation politique et la multiplication de mouvements contestataires aux slogans variés.
Avant 2019, la scène politique mauritanienne était en effet animée par plusieurs mobilisations et initiatives d’opposition, parmi lesquelles le mouvement « Mani Chari Gazwal », le Front de l’opposition, le Forum national pour la démocratie et l’unité, la campagne « Touche pas à ma nationalité » ou encore la mobilisation contre la modification de la Constitution. D’après Mohamed Vall Ould Bellal, ces dynamiques se sont progressivement estompées durant les six premières années du mandat de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, sans qu’apparaissent de nouvelles mobilisations comparables.
Toutefois, les récentes manifestations de centaines de jeunes dans les rues pour dénoncer certaines mesures fiscales relancent les interrogations. Pour l’ancien ministre, ces protestations soulèvent une question : la dynamique politique instaurée depuis 2019 est-elle en train d’évoluer ?
Dans son analyse, Mohamed Vall Ould Bellal rappelle que Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani avait hérité, au moment de son accession au pouvoir, d’un paysage politique profondément déséquilibré. L’opposition apparaissait affaiblie après des années de confrontation avec le pouvoir, tandis que la majorité présidentielle semblait peu structurée et hésitante.
Face à cette situation, le nouveau président aurait opté pour une approche fondée sur l’apaisement et la recherche de consensus. Cette méthode de gouvernance, caractérisée par la modération dans le discours politique et la normalisation des relations avec l’opposition, visait avant tout à réduire les tensions et à instaurer un climat de stabilité.
La faiblesse organisationnelle de l’opposition a également joué un rôle dans cette configuration. Après des décennies marquées par les restrictions politiques, les difficultés d’accès aux ressources et aux médias ainsi qu’une forte personnalisation du leadership, plusieurs partis ont vu leur capacité de renouvellement diminuer. Mohamed Vall Ould Bellal évoque à ce propos un phénomène d’« épuisement organisationnel », marqué par l’érosion de la base militante et la rareté du renouvellement générationnel.
Dans ce contexte, les gestes d’ouverture du pouvoir — rencontres avec les acteurs politiques, discours conciliants et reconnaissance symbolique du rôle de l’opposition — ont contribué, selon lui, à apaiser la confrontation politique et à installer un climat plus serein.
La majorité présidentielle, de son côté, ne s’est pas toujours imposée comme un espace structuré de débat politique. Héritière d’une longue tradition de centralisation du pouvoir autour de l’exécutif, elle fonctionne souvent davantage comme un appareil de soutien que comme une force de proposition politique autonome.
Fort de son expérience à la tête des forces armées et au ministère de la Défense entre 2005 et 2019, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani aurait ainsi privilégié une stratégie de gouvernance fondée sur la modération et la gestion prudente des rapports politiques. Dans ce modèle, la courtoisie politique et les gestes symboliques jouent un rôle central pour prévenir les tensions.
Mohamed Vall Ould Bellal rappelle à ce sujet un proverbe hassaniya souvent cité pour illustrer cette philosophie politique : « La diplomatie peut parfois l’emporter sur l’autorité ».
Cependant, l’ouverture du second mandat présidentiel suscite aujourd’hui certaines interrogations chez plusieurs observateurs. Selon l’ancien ministre, la nouvelle équipe gouvernementale semble plus soucieuse d’affirmer sa présence et son efficacité dans l’espace public.
Contrairement aux gouvernements dirigés auparavant par Ismaïl Ould Bedde Ould Cheikh Sidiya puis Mohamed Ould Bilal, la nouvelle équipe apparaît plus offensive dans son action et dans sa communication. Cette volonté d’affirmation s’est notamment traduite par une série de décisions économiques et fiscales qui suscitent aujourd’hui critiques et mobilisations.
Pour Mohamed Vall Ould Bellal, cette évolution pourrait marquer un changement de ton dans la gestion politique, avec un passage progressif d’une phase dominée par les gestes symboliques et la recherche d’équilibre à une séquence plus directement politique et potentiellement plus exposée aux tensions sociales.
Les récentes manifestations contre la politique fiscale pourraient ainsi constituer, selon lui, l’un des premiers tests pour cette nouvelle étape de la vie politique mauritanienne.




