Forte lors des votes, la majorité parlementaire reste étonnamment silencieuse dès que l’exécutif a besoin de relais politiques pour défendre son bilan et ses réformes.

L’affaire des deux députées poursuivies pour des propos jugés injurieux et incitant à la haine n’a pas seulement mis à l’épreuve les institutions. Elle a surtout révélé une réalité de plus en plus visible : la majorité parlementaire est avant tout une majorité de chiffres, mais rarement une majorité politique.

Tout au long de cette séquence, les débats ont porté sur les procédures judiciaires, la détention, la grâce présidentielle et le retour controversé des deux élues à l’Assemblée nationale. L’opposition a dénoncé les irrégularités qu’elle estime avoir entaché le dossier, sans pour autant défendre le contenu des propos incriminés. Même les avocats de la défense ont préféré concentrer leurs arguments sur la procédure plutôt que sur le fond.

Face à cette crise, la majorité présidentielle, pourtant largement dominante au Parlement, est restée presque invisible. À quelques exceptions près, ses députés ont observé un silence qui contraste avec l’ampleur de la polémique et les attaques visant les institutions.

Cette discrétion pose une question fondamentale : à quoi sert une majorité écrasante si elle disparaît précisément lorsque le pouvoir est confronté à la contestation ? Une majorité ne se mesure pas seulement au nombre de sièges qu’elle occupe. Elle se juge aussi à sa capacité à défendre une action politique, à expliquer les décisions de l’exécutif, à occuper le terrain du débat public et à répondre aux critiques.

Or, force est de constater que la majorité actuelle donne souvent le sentiment de n’exister qu’au moment des votes. Elle adopte les textes, mais déserte le combat politique. Elle assure les équilibres arithmétiques sans porter le discours qui devrait les accompagner. En d’autres termes, elle garantit les résultats, mais laisse le pouvoir seul face à l’opinion.

Cette carence semble désormais produire ses effets. Le Premier ministre multiplie les déplacements sur le terrain pour constater lui-même l’état d’avancement des projets publics. Dans le même temps, il intensifie sa communication sur les réseaux sociaux afin de mettre en avant les réalisations du gouvernement. Une mission qui devrait pourtant être partagée avec une majorité parlementaire active, capable d’expliquer, de convaincre et de défendre l’action de l’exécutif.

Le président de la République lui-même paraît aujourd’hui contraint de combler ce déficit de communication politique. L’annonce d’une prochaine conférence de presse traduit la volonté de répondre directement aux interrogations des citoyens et de reprendre l’initiative dans le débat public. Là encore, cette nécessité pose question : un chef de l’État devrait pouvoir compter sur une majorité qui porte son projet, explique ses réformes et défend son bilan au quotidien.

Le choix du président de respecter l’indépendance du Parlement et de ne pas intervenir dans son fonctionnement participe sans doute d’une volonté de consolider l’État de droit et les institutions. Mais cette retenue ne dispense nullement les députés de la majorité de leur responsabilité politique.

Une majorité parlementaire n’est pas une simple machine à voter. Elle est la voix politique du pouvoir au sein de l’hémicycle et dans l’espace public. Elle doit défendre les réformes, répondre aux critiques, porter une vision et accompagner l’exécutif dans les moments les plus difficiles.

Aujourd’hui, le constat est implacable : le pouvoir dispose d’une majorité confortable pour faire adopter les lois, mais semble souvent privé de la force politique qui devrait accompagner cette supériorité numérique. Une majorité qui ne s’exprime que lors des scrutins et qui s’efface dès que la bataille de l’opinion commence finit par laisser l’exécutif seul au front.

En politique, les chiffres permettent de gagner les votes. Les voix, elles, permettent de gagner l’opinion. Et une majorité qui ne fait entendre que les premiers risque de perdre les secondes.
Yedaly Fall

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