La conférence de presse du président Mohamed Ould Ghazouani aura été l’un des temps forts de l’actualité politique. Pendant plus de trois heures et demie, le chef de l’État s’est prêté à un exercice rarement pratiqué en Mauritanie, répondant à des questions portant sur les principaux dossiers politiques, économiques et sociaux du pays.
Le long délai entre l’annonce de la conférence et sa tenue a sans doute facilité sa préparation. Pendant une dizaine de jours, les réseaux sociaux ont été le théâtre d’un foisonnement de questions, de suggestions et d’interrogations, offrant au pouvoir un aperçu fidèle des attentes de l’opinion publique. Le président est ainsi apparu préparé à répondre à la plupart des sujets sensibles.
Sur le fond, Mohamed Ould Ghazouani a abordé l’ensemble des grands dossiers. Dette publique, gouvernance, lutte contre la corruption, exploitation du gaz, finances publiques, passif humanitaire et fonctionnement des institutions ont occupé une place importante dans ses réponses.
L’un des moments les plus significatifs de la soirée a concerné l’échéance présidentielle de 2029. Le président n’a pas dissimulé son agacement face aux débats sur sa succession, alors que son second mandat n’en est qu’à ses débuts. Son message s’adressait autant aux prétendants potentiels qu’à leurs soutiens : la priorité, a-t-il laissé entendre, demeure l’exécution du programme pour lequel il a été élu.
Pour défendre son bilan, le chef de l’État a avancé plusieurs indicateurs. Il a notamment affirmé que le taux d’endettement est passé de 91 % à 40 %, évoqué la baisse des marchés attribués de gré à gré ainsi que l’augmentation des ressources propres de l’État. Il a également insisté sur les efforts engagés dans la lutte contre la corruption, qu’il considère comme un défi majeur nécessitant une mobilisation permanente.
Au-delà du contenu, la prestation du président a été marquée par sa disponibilité. Il a répondu à toutes les questions retenues, y compris les plus sensibles, sans donner le sentiment de vouloir esquiver le débat. Cette attitude contraste avec une pratique souvent observée où les questions critiques sont perçues comme des attaques personnelles.
Le président a également réaffirmé sa préférence pour le renforcement des institutions existantes plutôt que pour la création de nouvelles structures. Cette approche s’est illustrée à travers son plaidoyer en faveur de l’extension de l’Université de Nouakchott et du Centre national de cardiologie, ainsi que par son attachement au principe de séparation des pouvoirs et au rôle des institutions de contrôle.
La diversité des journalistes présents a permis d’aborder un large éventail de préoccupations nationales. Mais cette forte participation a également mis en évidence les limites du format. Avec plusieurs dizaines de journalistes dans la salle, il était inévitable que nombre d’entre eux repartent sans avoir pu poser leurs questions.
Le choix de commencer la conférence peu avant minuit n’a pas non plus joué en faveur de l’exercice. Au fil des heures, la fatigue est devenue perceptible, aussi bien chez le président que parmi les journalistes, réduisant de fait le nombre d’interventions possibles.
Autre singularité : Mohamed Ould Ghazouani est resté seul à la tribune durant toute la conférence. Ce n’est qu’après la fin des échanges qu’il est apparu que plusieurs de ses proches collaborateurs suivaient les débats depuis une salle attenante.
Au terme de cet exercice, le président peut considérer qu’il a atteint son objectif : répondre directement aux interrogations de l’opinion, exposer sa lecture des grands enjeux nationaux et adresser plusieurs messages politiques. Si cette expérience est appelée à se renouveler, une organisation plus resserrée et un horaire plus adapté permettraient d’en améliorer encore l’efficacité.




