La société conteste les conclusions ayant accompagné la publication du résumé du rapport d’enquête sur les incendies des postes électriques de Toujounine et de Tevragh-Zeina. Elle affirme avoir respecté ses obligations contractuelles et met en avant les tests réalisés sur les câbles ainsi que les réserves formulées sur l’état des installations existantes.
La société CTM Bâtiment a exprimé son étonnement face aux conclusions et aux interprétations ayant accompagné la diffusion du résumé du rapport de la commission d’enquête indépendante sur les incendies survenus les 21 et 22 août 2026 dans les postes de transformation électrique de Toujounine et de Tevragh-Zeina, à Nouakchott. Dans un communiqué, l’entreprise estime que ces appréciations ont porté atteinte à sa réputation, sans tenir suffisamment compte, selon elle, des documents techniques et des correspondances officielles relatifs au projet.
Pour défendre sa position, CTM Bâtiment s’appuie sur l’ensemble du processus contractuel et technique ayant entouré la fourniture et la mise en œuvre des câbles électriques. Elle affirme que le fournisseur et les caractéristiques techniques des équipements ont été soumis à l’examen et à l’approbation des services compétents de la Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC), avant la fabrication, les essais, l’expédition et la réception du matériel.
Un processus contractuel que CTM juge conforme
Selon la société, la notification de l’attribution du marché lui a été adressée le 28 janvier 2025, avant la signature du contrat, le 14 février suivant. Une réunion de lancement s’est ensuite tenue le 19 février afin de préciser le périmètre des travaux et les responsabilités des différentes parties.
CTM indique que cette réunion avait notamment permis d’aborder les interventions nécessaires sur les cellules électriques existantes avant le raccordement des nouveaux câbles. L’entreprise affirme avoir demandé à consulter l’étude électrique et technique du raccordement et avoir été informée que celle-ci avait déjà été réalisée par la SOMELEC.
Dans ces conditions, elle soutient que ses obligations contractuelles portaient sur la fourniture des câbles et de leurs accessoires, ainsi que sur l’exécution des travaux expressément prévus au marché. Elle estime, par conséquent, que sa responsabilité doit être appréciée au regard de ces engagements, distinctement des interventions relevant d’autres parties sur les installations existantes.
Le choix du fournisseur a également fait l’objet d’une procédure que l’entreprise présente comme documentée. Après avoir constaté que le premier fournisseur envisagé ne pouvait livrer les câbles dans les délais contractuels, CTM affirme avoir proposé JOCA Cable le 17 mars 2025, puis Chancable, dont l’approbation officielle serait intervenue le 14 avril 2025, par une lettre signée par l’ancien directeur général de la SOMELEC, Sidi Salem Mohamed.
À la demande de la société d’électricité, CTM indique avoir également fourni le certificat d’essai de type (Type Test) et accompli les démarches nécessaires à la validation des caractéristiques techniques des câbles.
Des essais en usine et une réception documentée
Dans son communiqué, CTM souligne que la fabrication des câbles n’a commencé qu’après l’approbation du fournisseur et des spécifications techniques. Cette opération aurait duré environ 35 jours, selon les documents conservés par l’entreprise.
À l’issue de la fabrication, des experts de la SOMELEC auraient participé à l’inspection de l’usine. CTM affirme également avoir sollicité le bureau technique indépendant BTS pour superviser les essais et vérifier la conformité des équipements aux exigences contractuelles.
Les tests ont été réalisés le 13 juin 2025 et auraient donné lieu à un rapport technique et à un procès-verbal détaillant les contrôles effectués, les résultats obtenus et les caractéristiques des câbles. Des photographies auraient également été prises pour documenter les opérations et la participation des intervenants.
L’expédition du matériel serait ensuite intervenue avec l’accord de la SOMELEC, daté du 19 juin 2025. La cargaison, composée de 20 conteneurs, est arrivée au port de Nouakchott le 14 septembre 2025. Le 25 novembre suivant, les câbles ont été réceptionnés dans le magasin principal en présence d’une commission comprenant des représentants du ministère concerné et de la SOMELEC.
Pour CTM, ces documents constituent un ensemble de preuves retraçant les différentes étapes de validation, de fabrication, de contrôle et de réception du matériel. L’entreprise estime qu’ils doivent être pris en considération dans toute appréciation de l’exécution du marché.
Les réserves formulées sur les installations existantes
L’un des principaux arguments avancés par CTM concerne l’état des cellules électriques auxquelles les nouveaux câbles devaient être raccordés.
Selon le communiqué, une équipe d’experts et d’ingénieurs de l’entreprise a procédé à une inspection de ces installations entre le 16 et le 20 octobre 2025. Cette visite aurait permis de relever plusieurs insuffisances concernant leur état et leur aptitude au raccordement et à la mise en service.
CTM affirme avoir consigné ces observations dans un rapport technique détaillé, accompagné de photographies, transmis officiellement à la SOMELEC le 5 novembre 2025. La société indique avoir ensuite renouvelé ses alertes sur l’état des cellules et leur manque de préparation, en suggérant, si nécessaire, d’envisager leur remplacement par de nouveaux équipements.
L’entreprise considère ces correspondances comme un élément essentiel de son dossier. Elle soutient qu’elles démontrent qu’elle avait signalé, plusieurs mois avant les incendies, les difficultés relevées sur les installations existantes.
Pour CTM, ces réserves doivent donc être examinées dans le cadre de l’analyse technique globale du projet, notamment pour distinguer l’état initial des équipements des travaux relevant de ses propres obligations contractuelles.
Des anomalies relevées lors des essais sur site
S’agissant de l’exécution des travaux, CTM indique que les opérations de pose des câbles souterrains ont été documentées quotidiennement en présence de représentants de la SOMELEC, conformément aux procès-verbaux de réception prévus.
Le 4 février 2026, l’entreprise affirme avoir adressé une correspondance officielle à la société d’électricité pour demander la réception du projet, tout en formulant des réserves concernant les travaux qui restaient à achever.
Le communiqué évoque également des achats urgents de certains disjoncteurs par la SOMELEC en janvier 2026, ainsi que le recours à des équipements provenant d’autres postes du réseau, notamment des composants CT et VT.
CTM affirme avoir constaté, lors de l’examen de certains de ces éléments, que des pièces étaient impropres à l’utilisation. Elle rapporte également qu’un composant aurait brûlé environ une heure après un premier essai, avant d’être remplacé.
L’entreprise estime que ces faits doivent être intégrés à l’évaluation technique du projet, en tenant compte de l’origine des équipements, de leur état et de leur historique d’installation.
Le 11 mars 2026, des essais ont par ailleurs été réalisés sur les câbles en présence de représentants de la SOMELEC. Ils comprenaient notamment des tests VLF sous une tension de 36 kilovolts, des mesures d’isolement au mégohmmètre et des essais de détection des défauts.
Selon CTM, les procès-verbaux signés par les parties attestent de résultats satisfaisants pour les câbles examinés. De nouveaux essais auraient ensuite été effectués en mai 2026, à la demande de la SOMELEC, en présence d’un représentant du bureau d’études et de contrôle IRAF, afin de vérifier une nouvelle fois les résultats obtenus.
Après les incendies, de nouveaux contrôles
À la suite des deux sinistres, la commission d’enquête a demandé de nouveaux examens des câbles afin d’évaluer leur état technique.
CTM indique que ces contrôles ont été réalisés en présence de représentants de la SOMELEC, du bureau de contrôle IRAF, d’experts d’INTECH et de ses propres techniciens. Les résultats auraient été consignés dans un procès-verbal spécifique.
L’entreprise précise que les jonctions ont été examinées individuellement. Elle affirme que les contrôles effectués n’ont révélé aucune anomalie sur les jonctions inspectées, selon les procès-verbaux et les résultats dont elle dispose.
CTM considère que ces conclusions, rapprochées des essais réalisés en usine, des documents de réception et des contrôles effectués avant les incendies, constituent des éléments importants pour déterminer les causes techniques des deux sinistres.
La société relève également que le résumé du rapport de la commission d’enquête reconnaît, selon sa lecture, que le mécanisme précis à l’origine de l’arc électrique n’a pas pu être établi avec certitude. La localisation exacte du défaut initial — dans le câble, à ses extrémités ou au niveau des boîtes de jonction — n’aurait pas davantage été déterminée de manière concluante.
Pour CTM, l’attribution des responsabilités exige donc l’identification précise de la cause directe des incendies et son rapprochement avec les preuves techniques et les obligations contractuelles de chaque intervenant. La seule identification de l’endroit où le feu s’est déclaré ne saurait, selon elle, suffire à établir la responsabilité d’une partie.
CTM invoque sa coopération avec la commission d’enquête
Sur le volet de l’enquête, la société affirme avoir pleinement coopéré avec la commission indépendante. Elle indique avoir répondu à plus de quarante questions et demandes d’éclaircissements, en joignant les documents contractuels, les correspondances officielles, les procès-verbaux d’essais et les pièces techniques pertinentes.
L’entreprise demande que l’ensemble de ces éléments soit pris en compte dans l’appréciation de son rôle, notamment les documents relatifs à l’approbation du fournisseur, aux tests réalisés en usine, à la réception des câbles, aux réserves formulées sur les cellules existantes et aux contrôles effectués avant et après les incendies.
Tout en déclarant respecter les prérogatives de la commission d’enquête et des autorités compétentes, CTM estime que ses pièces justificatives doivent être examinées dans leur intégralité et de manière équilibrée avant toute conclusion définitive sur les responsabilités.
À travers cette mise au point, l’entreprise entend contester les interprétations qu’elle juge préjudiciables à son image et défendre sa lecture du dossier. Reste que la détermination des causes des incendies et l’établissement des responsabilités respectives nécessitent une confrontation rigoureuse de l’ensemble des éléments techniques et contractuels, au-delà des arguments avancés par chacune des parties.


